Présentée au Salon de Turin en avril 1954, la Giulietta Sprint dessinée par Bertone fixe la recette qu’Alfa Romeo appliquera ensuite à ses meilleures voitures : une petite caisse, un châssis efficace et un double arbre en alliage de 1,3 litre conçu par Giuseppe Busso, ancien de Ferrari. Il lui manque pourtant de la puissance, et elle pèse trop lourd. Battue par la Porsche 356 aux Mille Miglia 1955, elle reçoit en 1956 une version Veloce, la première Alfa à porter ce nom.
Le moteur gagne deux Weber 40 DCO3 à double corps, de plus grosses soupapes, d’autres arbres à cames, un taux de compression porté de 8 à 9:1 et un échappement plus libre. Il est équilibré, avec collecteur d’admission et carter en magnésium. Alfa garantit 89 ch, et les meilleurs moteurs approchent 99 ch. Bertone allège tout ce qui peut l’être : tôle plus fine sur les panneaux non porteurs, portes, capot, malle et pare-chocs en aluminium, vitres en Plexiglas coulissantes, plus de banquette arrière ni d’isolation. Une porte pèse 7 kg. La voiture tombe à 770 kg, avec un réservoir de 65 litres au lieu de 53.
Le résultat se voit dès les premières courses. Deux jours après sa présentation, la Veloce gagne sa classe à la Coppa della Consuma, puis les Giulietta occupent les six premières places de la catégorie 1 300 cm³ aux Mille Miglia 1956, la meilleure terminant onzième au général. Ces premières Veloce, reconnaissables à leur numéro de caisse Bertone commençant par 77, sont aujourd’hui appelées « Alleggerita ». Les estimations de production vont d’environ 200 à 600 exemplaires jusqu’à la mi-1958.
Alleggerita vient du verbe italien alleggerire, alléger. À la même époque, en Angleterre, Colin Chapman bâtit Lotus sur une idée voisine, résumée par la formule qu’on lui attribue : « simplify, then add lightness ». Milan n’a pas attendu Chapman pour l’appliquer. Avec la Sprint Veloce Alleggerita, Alfa Romeo mesure ce que son petit coupé Giulietta, déjà bien équilibré, peut donner une fois délesté. La carrosserie de Bertone est fine, le châssis vif, et le double arbre demande à être poussé dans les tours : il récompense le pilotage plus que la force brute.
Le châssis 02159, caisse 77101, sort d’usine le 30 juin 1956 en bleu France avec intérieur gris et bleu foncé, teintes qu’il a conservées, comme son moteur d’origine. Livré à Gênes le 17 juillet et immatriculé le 26, il passe ensuite à Grosseto, Orbetello puis Pise en 1969. Il n’a jamais couru. Au début des années 1980, il rejoint pour quelques années Maurizio Tabucchi, historien d’Alfa Romeo et coauteur de l’ouvrage de référence sur la Giulietta. Restauré en 1992 dans le respect des matériaux d’origine, il obtient la médaille d’or de l’ASI, puis vit à Bologne, en Suisse à partir de 1998, et dans le sud de l’Allemagne depuis 2006. Son dernier propriétaire l’a engagé sur des épreuves d’un jour, dont le Semperit Rallye et la course de côte Vernasca Silver Flag. La voiture a reçu des prix de conservation en 2010 et 2013.
Elle est accompagnée de ses documents italiens, des factures de restauration, du certificat ASI, d’une fiche FIVA et d’une confirmation du Centro Documentazione Alfa Romeo pour les numéros et les teintes. Il s’agit sans doute de l’une des Alleggerita les plus cohérentes du marché : une voiture qui n’a pas couru est moins glorieuse, mais c’est souvent la seule raison pour laquelle sa caisse a survécu.
Châssis AR1493 E 02159 / Moteur AR131530114
Comptez de 255 à 295 000 €.
Ce modèle de 1957 (Châssis AR1493-03338 / Moteur 1315-30273) a été adjugé 172 840 € en février 2022 à Paris.








































