La Jaguar Mark II 3,8 litre est l’une des berlines les plus mythiques de la fin des années 1950 et des années 1960, un véritable archétype de la **sports saloon** avant que le terme n’envahisse les catalogues. Lancée en 1959, elle incarne la convergence de trois exigences impossibles à réunir à première vue : un intérieur luxueux, une ligne sobre et élégante, et des performances qui en font une concurrente sérieuse aux voitures de sport de l’époque. La version 3,8 litres, au sommet de la gamme, est celle qui a inscrit son nom dans l’histoire.

La Mark II est la digne héritière de la Jaguar 2,4 et 3,4 litres de la série 1, elle‑même dérivée directement de la Mark I. Jaguar modernise la formule en gardant l’essentiel : la carrosserie en acier, le châssis partiellement autoportant, la culasse aluminium et le moteur six cylindres en ligne, mais en affinant les détails. La silhouette est plus ramassée, la ligne de toit plus basse, le capot plus long visuellement, ce qui donne à la berline un aspect plus agressif et plus  » sportif  » que sa devancière, tout en conservant la discrétion requise pour une voiture de cadre ou de fonctionnaire discipliné. La Mark II est commercialisée de 1959 à 1967, période durant laquelle elle devient un symbole de la Grande‑Bretagne motorisée, entre club d’affaires et circuits.

La version 3,8 litres repose sur le fameux moteur XK en ligne, déjà vu sur la D‑Type, la Mark IX et la toute première E‑Type 3,8. Le bloc est identique à celui de la 3,8 E‑Type en Europe pour le cylindre, le vilebrequin, les bielles et les pistons, mais la configuration est différente : deux carburateurs SU HD6 plutôt que trois, et un collecteur d’admission revu, ce qui coûte environ 30 ch à la mécanique. Sur la Mark II, le XK 3,781 cm³ développe ainsi environ **220 ch SAE à 5 500 tr/min** et **325 Nm de couple**, avec un régime de décrochage très haut placé. En pratique, cela signifie une berline de plus de 1 300 kg capable de franchir allègrement la barre des **200 km/h** et de passer de 0 à 97 km/h en près de **8,5 secondes** — un temps de sportive pure pour une voiture de ce gabarit et de cette époque.

La mécanique est associée à une boîte manuelle 4 rapports, souvent complétée par un overdrive Laycock, ce qui permet de rouler à vitesse élevée avec un régime moteur modéré et une consommation maîtrisée. La transmission intégrale avant arrière, la direction à crémaillère de type X‑K et la suspension avant à roues indépendantes associée à un essieu arrière à ressorts à lames offrent un compromis remarquable entre confort en grand tourisme et vivacité en conduite un peu plus appuyée. La Mark II 3,8 est une voiture qui ne se départ pas de son élégance, mais qui se révèle brutalement efficace dès que le régime est augmenté.

C’est précisément cette combinaison de discrétion, de tenue de route et de puissance qui en fait un choix évident pour la police britannique. Les forces de l’ordre britanniques utilisent largement la Mark II 3,8 pour coller aux basques de fugitifs au volant de voitures plus voyantes, ce qui lui vaut une réputation de  » voiture de flic  » polyvalente, capable de couvrir des patrouilles longues comme de participer à des courses clandestines sur route. La séduction n’est pas feinte : nombreux sont les proprios de l’époque à avoir rajouté gyrophare et radios de police sur leurs propres voitures, pour se donner des airs de série télévisée.

Au Royaume‑Uni puis à travers l’Europe, la Mark II devient aussi le véhicule de choix des médecins, avocats, agents immobiliers et responsables d’entreprises qui veulent allier confort, statut et légère transgression. La 3,8 suffit à laisser derrière elle la plupart des routières de série, y compris certaines grosses américaines, et la voiture reste suffisamment sobre pour ne pas alerter les autorités lorsqu’elle se déploie sur une nationale. Cette dualité — bourgeoise de jour, sportive de nuit — est au cœur de son mythe.

En compétition, la Mark II 3,8 est loin d’être cantonnée aux rôles secondaires. En Europe, elle se distingue notamment en championnat de tourisme, où sa rigidité de châssis et la disponibilité de son moteur la rendent redoutable sur les circuits mixtes. Elle apparaît dans des courses comme le Tour de France Automobile, où elle s’impose plusieurs fois, notamment aux mains de pilotes comme Bernard Consten. Sur la route, la mécanique supporte des préparations poussées : élargissement de la culasse, collecteur 3 Weber, double carburateurs, allègement du volant moteur, boîte à 5 rapports, pont autobloquant et freins à disque avants, ce qui peut faire monter la puissance à plus de 300 ch et la vitesse de pointe à plus de 250 km/h sur certaines versions  » racing  » privées.

Ces préparations, même si elles sont hétéroclites, montrent que la base de la Mark II 3,8 est solide et très  » évolutive « . Le moteur XK, encore utilisé plus tard sur l’XJ6, transporte avec lui une culture de longévité et de fiabilité, ce qui explique que beaucoup de ces voitures tournent encore aujourd’hui, parfois avec des blocs reconditionnés ou légèrement agrandis.

La Mark II 3,8 n’est jamais une série de masse. Jaguar produit autour de **30 000 exemplaires** de Mark II entre 1959 et 1967, dont une partie seulement en version 3,8, destinée aux clients exigeants et disposés à payer le surcoût mécanique. La version 2,4 est plutôt réservée à une clientèle plus  » tranquille « , la 3,4 marque l’équilibre entre confort et sportivité, tandis que la 3,8 assume clairement le statut de haut de gamme. La relative rareté des 3,8 en bon état, et la simplicité relative de la mécanique, ont fait monter la cote depuis les années 1990.

Aujourd’hui, la Jaguar Mark II 3,8 litre est vue comme un parfait compromis entre voiture de route, objet de collection et base de restauration. Elle offre un intérieur en bois, cuir, moquette et chromes, un moteur aux sonorités XK quasi inégalées, et une ligne intemporelle, sans chichis ni excentricité. Sur une route de campagne, elle se comporte comme une berline de bon père de famille, mais dès que le compteur dépasse les 120 km/h, la 3,8 livre son vrai caractère : une sports saloon qui ne se contente pas de suivre les autres, mais qui leur fait comprendre qu’elle est là pour les battre.

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