La Bristol 401 Cabriolet by Pinin Farina est une des créations les plus discrètes et pourtant les plus exigeantes de la première génération Bristol après guerre. Elle incarne à la perfection cette rencontre entre une mécanique britannico‑bavaroise, héritée de BMW, et un dessin italien signé Battista Farina, sans le moindre compromis stylistique. Contrairement à la 401 berline standard, cette déclinaison décapotable n’a jamais été une série mais bien une petite série de coach‑built, produite en quelques exemplaires seulement entre 1948 et 1950, ce qui en fait l’un des cabriolets les plus rares de l’immédiat après‑guerre.

Bristol Cars est créée en 1947 à partir des moyens de la Bristol Aeroplane Company, avec AFN Ltd comme principal actionnaire. Le choix de base est immédiat : récupérer la mécanique éprouvée de la BMW 326/327/328, un six cylindres en ligne de 2,0 litres, monté sur un châssis tubulaire déjà utilisé sur la Bristol 400. C’est cette architecture qui traverse la frontière italienne, puisque les châssis nus de Bristol sont envoyés à Turin pour être carrossés par les meilleurs carrossiers locaux. Touring et Pinin Farina en profitent pour traduire le dessin originel de la marque dans un langage plus européen, plus fluide, plus pur.

La 401 Cabriolet Farina est, en réalité, une déclinaison de la 401, non une gamme indépendante. Elle prend appui sur un châssis 400 puis 401, avec le même moteur 2,0 litres (environ 85 ch) et la même boîte manuelle 4 vitesses, toujours en configuration 2 + 2. La différence réside dans la façon dont le châssis est travaillé : réservoir et roue de secours se déplacent, la traverse et le tableau de bord sont élargis et abaissés, ce qui donne à la voiture un profil plus bas, plus longiligne, et une ligne plus proche des grandes Alfa Romeo de l’époque que de la 401 standard.

Le dessin de la 401 Cabriolet by Pinin Farina est signé par Battista « Pinin » Farina lui‑même, avec ce goût pour la ligne pure, dépourvue de fioritures inutiles. La double calandre BMW, en forme de haricot, est conservée mais allongée, abaissée, intégrée dans un nez plus effilé. La capote est intégrée de manière fluide, sans rupture marquée, et la carrosserie est réalisée entièrement en aluminium, façonnée à la main. Le résultat est une silhouette sobre, élégante, presque austère, mais d’une modernité saisissante pour 1948.

La 401 Cabriolet Farina est souvent décrite comme une sorte de prototype de style, car le dessin mis au point ici servira de base à la Lancia Aurelia cabriolet, lancée en 1951. Plus de 260 exemplaires de cette dernière seront construits, avec une stature plus imposante, mais la grammaire est identique : long capot, courte malle, lignes bien tendues, absence de chromes superflus. On peut dire que la Bristol 401 Cabriolet Farina est, à sa manière, le premier  » prototype esthétique  » de cette famille de cabriolets italiens post‑guerre.

Les 401 Cabriolets Farina sont extrêmement rares. Les sources convergent plutôt vers une poignée d’exemplaires : entre 6 et 8 ateliers, selon qu’on inclue ou non les premiers prototypes 400‑Farina. Parmi eux, la châssis 401/208 occupe une place centrale. Envoyée de Filton en mer à Turin le 27 juillet 1948, elle en repart en mars 1949, déjà transformée en cabriolet, pour rejoindre Londres et son premier propriétaire, un certain Robert Lee. Cette voiture est aujourd’hui considérée comme le modèle de référence de la carrosserie Pinin Farina sur Bristol 401, et elle a servi de base pour les autres exemplaires.

Au fil des décennies, ces cabriolets Bristol‑Farina ont été peu modifiés, car leurs propriétaires les considéraient comme des objets de design uniques. Ils ont circulé majoritairement en Europe, entre France, Italie, Suisse et Péninsule Ibérique, ce qui renforce leur dimension de grand tourisme routier. Certains dossiers de propriétaire mentionnent des rebaptisages locaux ( » Farina Cabriolet « ,  » Bristol‑Farina « ), ce qui illustre bien la place particulière qu’ils occupent dans la mémoire automobile.

Sous la peau, la 401 Cabriolet Farina reste fidèle à la philosophie Bristol : fiabilité, linéarité, souplesse. Le moteur 2,0 litres BMW délivre une puissance modeste mais très utilisable, avec un couple disponible et une combustion qui autorise des vitesses soutenues sur autoroute. La boîte manuelle 4 vitesses, la suspension avant à lames transversales et l’essieu rigide à l’arrière accompagnés de ressorts à lames offrent un compromis entre confort et tenue de route remarquable pour l’époque. La direction à crémaillère, reprise de BMW, ajoute une précision inhabituelle à une voiture de cette taille.

La position de conduite est plus avancée que sur la 401 standard, grâce au repositionnement de la cloison et de la boîte. Sur certains exemplaires, la commande de boîte est même au volant, ce qui renforce l’aspect  » grand routier  » et la sensation de contrôle direct. La capote, bien gérée et intégrée, n’altère pas trop la rigidité du châssis, ce qui permet de rouler rapidement sans sacrifier le confort. La 401 Cabriolet Farina n’est pas une voiture de circuit, mais un outil de grand tourisme, fait pour avaler des centaines de kilomètres en douceur, par beau temps ou presque.

La 401 Cabriolet by Pinin Farina figure donc comme une étape clé dans l’histoire de Bristol : elle marque la première véritable incursion dans le monde des carrossiers italiens, et elle illustre comment une petite maison britannique peut s’adosser à des talents de design continentaux sans diluer son identité mécanique. Paradoxalement, alors que la 401 berline est produite à environ 611 exemplaires, la déclinaison Farina reste limitée à une poignée d’unités, ce qui en fait un objet de collection très exclusif.

Aujourd’hui, chaque 401 Cabriolet Pinin Farina qui refait surface est l’objet d’un véritable pèlerinage parmi les amateurs de coach‑built et de grand tourisme. Elle est à la fois un document de style, une preuve de l’efficacité de la mécanique BMW dans un cadre britannique, et une anticipation directe du langage Lancia Aurelia cabriolet.

Les Bristol carrossées par des carrossiers indépendants sont particulièrement rares, avec seulement 38 châssis roulants livrés à diverses entreprises pour une carrosserie sur mesure, notamment Touring, Langenthal, Vanden Plas, Beutler, Ghia-Aigle et Pinin Farina.

Lorsque Bristol créa sa propre berline sportive 401 hautement aérodynamique en 1948, une voiture de tourisme rapide et luxueuse à quatre places, une dizaine de châssis quittèrent l’usine de Filton pour être finalisés par des designers externes. Deux d’entre eux ont été carrossés par Beutler à Thoune, en Suisse, tandis qu’un autre a été confié à University Motors à Londres. Les sept châssis restants ont été envoyés en Italie, quatre à la Carrozzeria Touring et trois à Pinin Farina, où ils ont été transformés en cabriolets quatre places dans le style Alfa Romeo de l’époque.

Comptez 149 500 £ pour cet exemplaire.