Fondée par Jean Barou en 1940, la carrosserie éponyme était initialement connue pour la production de remorques pour vélos et de carrosseries de camions fabriquées pendant l’occupation allemande en France. Basé dans la ville de Tournon, dans la région de l’Ardèche, Barou a ensuite proposé ses services à ceux qui recherchaient des carrosseries de voitures sur mesure pendant la période de reconstruction d’après-guerre. Bien que la Carrosserie Jean Barou ait été une entreprise relativement petite par rapport aux grands carrossiers français de l’époque, elle est connue pour avoir carrossé des voitures de nombreuses marques célèbres, notamment Delahaye, Jaguar, Jowett, Simca et Talbot-Lago.

Le châssis numéro 110107 serait le seul Talbot-Lago T26 Grand Sport Coupé à avoir été carrossé par Barou. Probablement commandée au cours du second semestre 1948, cette T26 a quitté les ateliers Barou avec une carrosserie coupé élégante et subtile en forme de goutte. L’avant de la voiture semble avoir été influencé par le design de la Jaguar XK 120 de 1948 et des voitures de course BMW des années 1930, ce qui est particulièrement évident au niveau des calandres verticales caractéristiques. Comme le soulignent Peter Larsen et Ben Erickson dans leur ouvrage Talbot-Lago Grand Sport: The Car From Paris, l’arrière de la voiture s’inspire clairement du roadster 540K Spezial de Sindelfingen.

La Talbot-Lago a été livrée neuve le 11 mars 1949 à Monsieur Ravoux, directeur général de Clovis Frères, une entreprise de transport basée à Oyonnax, dans l’est de la France. La voiture était de couleur crème et présentait un intérieur en cuir biscuit et orange foncé. Une photographie d’archive montre la T26 après son achèvement devant les ateliers Barou. L’historien automobile Marc Rabineau a découvert les détails de l’immatriculation française de la voiture, indiquant que le coupé a été immatriculé pour la première fois le 23 mars 1949 avec le numéro d’immatriculation « 1907 AB5 » et enregistré au nom de Clovis Frères. Suite à une modification du système d’immatriculation français, la voiture a reçu un nouveau numéro en juillet 1954, « 917 AY 01 ».

On pense que Monsieur Ravoux a vendu le châssis 110107 à un directeur d’auto-école de la même ville d’Oyonnax au milieu des années 1950. Un membre du club Talbot-Lago a déclaré avoir vu une photo de cette voiture en 1969 dans le bureau du directeur, qui lui a dit qu’il devait vendre la voiture en raison de ses coûts d’entretien élevés. La photo, qui peut être consultée dans les archives, montre la voiture participant à un rallye devant La Roche de Solutré, près de Mâcon. On pense que cette image provient de la course annuelle, la Course de Côte de Macon-Solutré. Compte tenu de l’utilisation d’une immatriculation plus récente, la photo a probablement été prise après juillet 1954. Dans les années 1960, la T26 a été aperçue dans un entrepôt, dans une salle de danse désaffectée à Lons-le-Saunier. Elle faisait partie d’une collection d’autres voitures françaises, notamment une Amilcar, une Bugatti, une Delahaye et une Salmson.

On pense que la voiture a été vendue au collectionneur suisse Jean Tua, de Genève, en 1968 ou 1969, et qu’elle est restée entre ses mains pendant près de 30 ans. M. Tua aurait procédé à une réparation et à une nouvelle peinture de la carrosserie, en accordant une attention particulière à son état esthétique, celle-ci étant restée entreposée pendant une grande partie des années 1960. Le châssis 110107 a été exposé dans le cadre de sa collection dans les années 1990, après quoi il a mis la voiture aux enchères chez Sotheby’s à Genève en 1997. La voiture arborait alors une peinture crème et un intérieur remarquablement bien conservé, et il a été noté qu’elle n’avait pas été utilisée pendant qu’elle était en sa possession. Acquise par le collectionneur autrichien Egon Zweimüller, il fit repeindre la voiture en gris argent métallisé, mais conserva l’intérieur tel quel. Il exposa ensuite cette Talbot-Lago au Concours d’Élégance de Bagatelle en septembre 1998, pensant à tort que la carrosserie avait été réalisée par Saoutchik.

En 1999, Zweimüller s’est séparé de ce Grand Sport Coupé, le vendant au propriétaire actuel. D’après l’ancienne liste des enchères, on estime que la voiture n’a parcouru que 2 000 kilomètres depuis septembre 1997. La Talbot-Lago est ensuite restée dans la collection de son dernier propriétaire pendant plus de 25 ans et offre aujourd’hui une occasion rare aux amateurs de cette fabuleuse marque française d’acquérir une voiture charmante avec une excellente provenance. La voiture a subi quelques réparations avant sa mise en vente, les systèmes d’alimentation en carburant et de freinage ayant été réparés et nettoyés pour fonctionner correctement. Après inspection, il a été confirmé que la voiture conserve son moteur, sa boîte de vitesses et son essieu arrière d’origine.

Ayant passé presque toute sa vie entre les mains de propriétaires discrets, le châssis 110107 est une Talbot-Lago T26 Grand Sport Coupé très spéciale qui serait une candidate idéale pour toute une série de concours et d’événements automobiles historiques.

Cette unique Talobot (Châssis 110107 / Moteur 113) a été adjugée 961 250 € en juillet 2024 à Tegernsee, Allemagne.