Au Salon de Turin 1963, Pininfarina expose une Lancia que personne ne pourra acheter : un coupé deux places unique, construit sur la Flaminia 3C 2.8 et dessiné par Tom Tjaarda. Châssis 826.138.001167. Soixante ans plus tard, il roule toujours, avec moins de 20 000 km au compteur.
La base est la plus désirable de la gamme Flaminia : le châssis court des versions GT, et le V6 tout aluminium de 2 775 cm³ à trois carburateurs Weber, donné pour 150 ch. Freins à disque aux quatre roues, essieu arrière De Dion, boîte-pont à quatre rapports : la mécanique reste celle de la série. Tout le reste est fait main. Tjaarda dessine des flancs lisses, un pavillon fin, un léger relèvement au-dessus de l’aile arrière et une face avant proche de celle de la Flavia Coupé, que Pininfarina produit depuis l’été 1962. Poignées, monogrammes, pare-chocs, enjoliveurs et feux sont spécifiques. La carrosserie est blanc nacré, l’habitacle noir, avec moquette et ciel de toit bleu canard et une planche de bord en bois qui se prolonge sur le haut des portes.
Sous le capot, le V6 Lancia descend directement de celui de l’Aurelia, premier V6 de série au monde. Ouvert à 60°, entièrement en aluminium, il passe en 1963 à 2 775 cm³ (85 x 81 mm) et reçoit dans sa version 3C trois carburateurs Weber 35 DCNL. Avec un taux de compression de 9:1, il délivre environ 150 ch et un couple de 22 mkg dès 3 000 tr/min, plus de souplesse que de hargne. Le moteur est à l’avant, mais la boîte à quatre rapports est accolée au différentiel à l’arrière, solution héritée de l’Aurelia pour mieux répartir les masses.
Après Turin, la voiture fait le Salon de Bruxelles 1964, puis les concours d’élégance d’Alassio et de Cortina d’Ampezzo en 1965. Elle devient ensuite la voiture personnelle de Battista Pininfarina, le fondateur de la carrosserie. C’est à cette époque qu’elle reçoit des feux arrière de Flavia, les originaux ne fonctionnant plus, et qu’elle est repeinte couleur champagne. Pinin Farina meurt en avril 1966 ; l’entreprise garde le coupé jusqu’en 1972.
Commence alors un long voyage. La Flaminia passe par les États-Unis, le Japon et le Canada, change plusieurs fois de mains et de couleur. Parmi ses propriétaires figurent le collectionneur Jules Heumann et Richard Buckingham, qui l’aurait payée 4 200 dollars. Le kilométrage, lui, ne bouge presque pas.
En août 2008, Gooding la propose sans prix de réserve à Pebble Beach, avec trois propriétaires privés et moins de 17 000 km depuis l’origine. Elle part à 250 000 dollars. Le marchand californien Fantasy Junction la remet ensuite en vente à 275 000 dollars et la cède au collectionneur italien Corrado Lopresto, qui la montre pour la première fois au Concorso Italiano en 2011.
Revenue en Italie et repeinte dans son blanc d’origine, elle reprend la tournée des pelouses : Villa d’Este en 2012, le Salon Privé de Londres en 2013, et le concours Pininfarina d’Alassio, où elle reçoit le prix de la voiture la plus élégante. Ce coupé annonce des éléments repris sur la Fiat 124 Spider, que Tjaarda dessinera peu après. La Flaminia, elle, est restée une pièce unique, celle que le patron de Pininfarina avait choisie pour lui-même.
Cet unique exemplaire a été adjugé 250 000 $ en août 2008 à Pebble Beach, Californie.
























