Parmi les grandes icônes de l’automobile française, peu de voitures suscitent autant de fascination que la Citroën DS. Lorsqu’elle est dévoilée en 1955 sous la verrière du Grand Palais à Paris, elle ne ressemble à rien de connu : sa ligne semble venir du futur, sa suspension hydropneumatique bouleverse les standards du confort et sa technologie impressionne autant que son style. La DS n’est pas seulement une voiture, elle devient immédiatement un symbole. Roland Barthes la décrira d’ailleurs comme une véritable  » déesse « , un surnom qui lui restera à jamais.

Pourtant, malgré sa carrière exceptionnelle et les nombreuses déclinaisons signées par le carrossier Henri Chapron, Citroën n’a jamais produit un véritable grand coupé DS d’usine, capable de rivaliser avec les plus belles GT européennes de son époque. C’est précisément cette idée qui a donné naissance à la DS Grand Palais de 1972 réalisée par Automotive : imaginer la DS coupé que Citroën n’a jamais osé lancer, comme si l’histoire avait simplement pris un autre chemin.

Le projet naît de la rencontre entre deux passionnés. D’un côté, Gérard Godfroy, designer reconnu à qui l’on doit notamment de nombreuses créations marquantes chez Peugeot, Heuliez, Alpine ou encore Venturi. De l’autre, Christophe Bihr, dirigeant de la société Automotive, installée au Mans et spécialisée dans les prototypes, la compétition, le cinéma et les véhicules spéciaux.

Au départ, Christophe Bihr achète une DS avec l’idée d’en faire un cabriolet. Mais Gérard Godfroy propose une autre vision, bien plus ambitieuse : supprimer les portes arrière, retravailler entièrement les proportions et créer le grand coupé DS idéal, celui que Flaminio Bertoni aurait peut-être dessiné si Citroën lui en avait laissé l’opportunité. L’objectif est de concevoir une automobile crédible, élégante, cohérente, presque historique dans son exécution. Le nom  » Grand Palais  » s’impose alors naturellement, en hommage au lieu mythique où la DS originelle fut présentée au public en 1955.

La base choisie est une vraie DS d’avril 1972, une Citroën DS 21 issue de la fin de carrière du modèle. Ce choix n’a rien d’anodin. À cette époque, la DS bénéficie de toutes les évolutions techniques accumulées depuis près de vingt ans : meilleure fiabilité, finition plus aboutie et comportement routier toujours aussi impressionnant.

Cette transformation comme coupé deux portes. intègre des spécifications techniques de haut niveau avec moteur de DS 21 équipé de l’injection électronique et une boîte de vitesses hydraulique. Ce n’est évidemment pas une voiture pensée pour la performance pure, mais pour la noblesse mécanique, le confort et la cohérence historique.

La  » Grand Palais  » se distingue par une configuration luxueuse et sur mesure, visant un niveau de finition supérieur. Elle arbore une peinture bicolore avec un gris métallisé pour la carrosserie et un gris clair opaque pour le pavillon.  La Sellerie et la moquette sont réalisées par un sellier formé chez Hermès, avec des cuirs travaillés en piqué sellier, et le tableau de bord est entièrement gainé de cuir, y compris les commodos.

Le véhicule a été modernisé avec l’ajout d’une climatisation, d’un autoradio moderne, d’un système de téléphone mains libres, et d’un éclairage de coffre à LED. Elle dispose de quatre vitres électriques sans montant central et d’un aménagement de coffre conçu pour des sacs de golf.

La transformation est bien plus profonde qu’un simple travail esthétique. La voiture est entièrement démontée et reprise depuis sa structure. La suppression des portes arrière impose un important travail de rigidification. Les portes avant sont rallongées d’environ dix centimètres afin de retrouver des proportions naturelles, tandis qu’un renforcement spécifique du châssis permet même d’obtenir une rigidité supérieure à celle du modèle d’origine. De nombreux éléments de carrosserie sont refabriqués sur mesure, notamment en fibre, et les vitrages demandent un travail particulièrement complexe. Les vitres latérales et surtout la lunette arrière doivent être entièrement redessinées pour accompagner cette nouvelle ligne de toit, plus tendue et plus fluide. Le résultat est remarquable, car rien ne semble artificiel : la voiture donne réellement l’impression d’avoir toujours existé ainsi.

Forcément, la comparaison avec les créations de Chapron s’impose rapidement. Mais la DS Grand Palais ne cherche pas à copier les célèbres coupés ou cabriolets du carrossier français. Elle va plus loin, avec une silhouette plus radicale et plus pure. Le pavillon paraît plus étiré, la chute de toit plus naturelle, et l’arrière adopte une présence presque sculpturale. On y retrouve quelque chose d’une grande GT française, avec une élégance qui pourrait évoquer aussi bien Facel Vega qu’une Aston Martin des années 1960, tout en restant profondément fidèle à l’identité Citroën.

L’habitacle suit exactement la même philosophie. Il ne s’agit pas de moderniser brutalement la voiture, mais de prolonger intelligemment son esprit. La sellerie reçoit un superbe cuir camel, les panneaux de portes sont redessinés, certaines commandes sont repositionnées avec plus de logique et plusieurs détails bénéficient d’une finition contemporaine sans jamais trahir l’ambiance originelle. On a véritablement l’impression de découvrir ce que la DS aurait pu devenir si sa carrière s’était poursuivie dans le très haut de gamme plutôt que de s’interrompre en 1975.

Le projet demande un temps considérable. Les premières études commencent autour de 2012, la fabrication démarre réellement en 2014, et la voiture ne sera révélée qu’en 2019 lors du salon Rétromobile. L’accueil est immédiat. Les visiteurs ne découvrent pas simplement une belle DS transformée, mais une évidence stylistique. Beaucoup ont la sensation troublante de voir enfin la version que Citroën aurait toujours dû produire.

Face à cet enthousiasme, Gérard Godfroy et Christophe Bihr envisagent alors une très petite série artisanale. Certaines sources évoquent six exemplaires seulement, avec un tarif autour de 150 000 euros, ce qui reste cohérent au regard du niveau de reconstruction, du travail de carrosserie et de la rareté absolue de l’objet.

La DS Grand Palais n’est pas simplement un hommage à la DS originelle. Elle représente une forme de correction historique, une réponse élégante à une question que les passionnés se posent depuis des décennies : pourquoi Citroën n’a-t-il jamais construit ce grand coupé ? Elle ne cherche ni la performance ni l’exubérance. Elle cherche quelque chose de plus difficile à atteindre : la justesse.

C’est sans doute ce qui la rend si fascinante. Elle semble moins inventée que révélée, comme si elle avait toujours existé quelque part dans l’histoire de l’automobile française, en attendant simplement que quelqu’un décide enfin de lui donner vie.

La DS Grand Palais représente le grand coupé DS que Citroën aurait dû construire…

Bien que six emplaires aient été construits, cette sublime auto (Châssis 02FA9364) est la seule à avoir été homologuée pour la route et donc être immatriculée. Vendue pour un prix inconnu…