La Bizzarrini 1900 GT Europa est l’une des voitures les plus intelligentes et les plus injustement méconnues de Giotto Bizzarrini. Pensée comme une version plus accessible et plus légère de la 5300 GT Strada, elle reprend l’ADN de la grande Bizzarrini, mais dans un format plus compact, avec un moteur Opel 1,9 litre préparé et une approche technique qui privilégie le poids contenu, l’équilibre et l’efficacité.
Présentée au Salon de Turin 1966, la GT Europa devait permettre à Bizzarrini de toucher une clientèle plus large sans renoncer à son langage esthétique ni à ses solutions d’ingénierie. C’est précisément ce qui la rend intéressante : elle ne cherche pas à être une voiture économique, mais une vraie petite GT, conçue avec la même rigueur que les modèles plus chers de la marque.

La GT Europa naît dans un contexte où Bizzarrini doit composer avec une réalité industrielle fragile. La 5300 GT a démontré le savoir-faire de la marque, mais son prix et sa radicalité la réservent à une poignée de clients. D’où l’idée d’un modèle plus petit, plus léger et plus rationnel, mais toujours doté d’une vraie personnalité.

À l’origine, Bizzarrini envisage même un groupe motopropulseur Fiat 1500, avant de se tourner vers le quatre cylindres Opel 1900, plus cohérent avec ses contacts chez General Motors et mieux adapté à l’objectif de performance visé. Ce choix n’a rien d’anodin : il montre que la voiture est pensée autour d’un compromis technique assumé, pas d’un simple exercice de style.

Sur le plan du style, la GT Europa est clairement la petite sœur de la 5300 GT. Elle reprend le museau bas, les phares carénés et cette manière très Bizzarrini de tendre la ligne sans l’alourdir. Mais l’échelle change tout : la voiture paraît plus ramassée, plus légère, presque plus pure dans ses proportions.

Le dessin est attribué à Pietro Vanni, et sa mise au point passe par des essais en soufflerie à l’université de Pise. Ce détail est essentiel, car il explique la cohérence visuelle de l’ensemble : la carrosserie en fibre de verre n’est pas seulement jolie, elle est pensée pour l’air.

L’arrière est particulièrement original avec son grand hayon vitré articulé en partie haute, qui donne à la voiture une identité très forte tout en facilitant l’accès au coffre. C’est un détail rare sur une sportive italienne de cette période, et l’un de ceux qui empêchent la GT Europa de tomber dans le simple hommage miniature à la 5300.

Sous la carrosserie, la Bizzarrini 1900 GT Europa n’a rien d’un jouet. Le moteur Opel 1,9 litre est monté en position avant centrale, presque sous la planche de bord, ce qui favorise une répartition des masses très favorable.

La voiture repose sur une structure mixte, associant éléments tubulaires et panneaux en tôle, avec carrosserie en fibre de verre afin de contenir le poids. Le résultat tourne autour de 640 à 650 kg, ce qui donne au quatre cylindres de 110 ch un rapport poids/puissance très convaincant.

La partie cycle est à la hauteur. Suspension indépendante, différentiel autobloquant Bizzarrini, freins à disque aux quatre roues et boîte manuelle ZF à quatre rapports composent un ensemble bien plus sophistiqué que ce que sa cylindrée pourrait laisser croire.

En pratique, la voiture devait offrir une tenue de route très saine et un comportement nerveux, sans avoir besoin d’une grosse puissance pour être rapide. C’est une logique d’ingénieur, pas de marketing.

Ce qui donne à cette voiture une importance particulière, c’est son statut de dernière originale construite par l’usine Bizzarrini.
La marque a produit très peu d’exemplaires de la GT Europa, les chiffres variant selon les sources entre 11 et moins de 20 voitures selon la manière de compter les prototypes, les versions spéciales et les autos terminées après la fermeture de l’atelier.

Cette rareté ne doit pas masquer le fond du sujet : la GT Europa est un condensé de l’idée Bizzarrini. Même à plus petite échelle, elle conserve la même intelligence mécanique, la même recherche de légèreté et la même volonté de faire mieux que la moyenne des GT de son époque.

L’exemplaire actuellement proposé a été restauré sur une longue période, commencée en 2013 et achevée en 2025.
La voiture a donc traversé plusieurs décennies avant de retrouver une présentation exemplaire, avec dossier de restauration conséquent et historique documenté, ce qui est crucial pour une auto de cette fragilité historique.
Dans le monde des Bizzarrini, la documentation compte presque autant que la voiture elle-même. Ici, le dossier vient renforcer l’attrait d’un modèle déjà rare à la base, et il confirme aussi que la GT Europa n’est pas seulement une curiosité technique : c’est un témoin majeur de la dernière période productive de la marque.

La 1900 GT Europa mérite l’attention parce qu’elle corrige une idée trop simple de Bizzarrini. On réduit souvent la marque à la 5300 GT et à ses V8 Chevrolet, alors que la GT Europa prouve que Giotto Bizzarrini savait aussi concevoir une sportive plus légère, plus rationnelle et probablement plus utilisable au quotidien.

C’est aussi une voiture très juste dans sa philosophie : petit moteur, faible masse, vraie architecture dynamique, carrosserie aérodynamique et dessin identifiable au premier coup d’œil. En d’autres termes, une voiture d’ingénieur qui n’a pas besoin de gros chiffres pour exister.

La Bizzarrini 1900 GT Europa reste donc une rareté absolue, mais une rareté qui a du sens. Et c’est sans doute ce qui la rend plus intéressante qu’une simple pièce de collection : elle raconte ce que Bizzarrini aurait pu devenir si l’histoire industrielle avait été un peu moins brutale.

Difficiles à vendre en raison de problèmes de sous-traitance, et de leur coût élevé causé par une production totalement artisanale, 12 Bizzarrini Europa seulement seront fabriquées, dont 4 vendues en France par l’importateur Thépenier : Deux seront détruites suite à un incendie.

Cette auto (Châssis 150*0521 / Moteur 0058775) a été adjugée 212 750 € à Paris en février 2018.