La Bugatti Type 101C-X est un exemplaire unique construit en 1965 à partir du dernier châssis Type 101 resté inutilisé à Molsheim. Son importance historique vient surtout de là : c’est l’une des toutes dernières manifestations de Bugatti avant la disparition définitive de la marque originelle.
Le Type 101 lui-même est la tentative de relance de Bugatti après la Seconde Guerre mondiale, en réutilisant largement la base technique du Type 57 d’avant-guerre. La voiture visait le grand tourisme prestigieux, mais elle arrive trop tard et trop cher, dans un marché qui n’est plus celui des Bugatti des années 1920-1930. La production est restée minuscule, avec seulement quelques châssis assemblés.

Le point important, souvent mal résumé, est que la Type 101 n’est pas une « nouvelle » Bugatti au sens industriel fort. C’est plutôt une continuité technique et symbolique de l’ancienne maison Bugatti, avec des composants connus et une modernisation limitée. Cela explique pourquoi le modèle n’a jamais pu relancer la marque.
Le châssis numéro 101506, dernier Type 101 non carrossé, reste longtemps inutilisé avant d’être acheté par le collectionneur américain E. Allen Henderson en 1961. Plus tard, il sert de base à un projet voulu par Virgil Exner, designer américain très influent, qui cherche à créer une « renaissance » de voitures classiques à travers un langage moderniste.
Le suffixe C renvoie au moteur Compresseur, et le X à Exner. L’idée est donc claire : une base Bugatti d’époque, une mécanique compressée, puis une carrosserie entièrement repensée sous influence Exner/Ghia. Ce n’est pas une restauration, mais une relecture stylistique complète d’un châssis historique.
Sous le capot, la voiture reçoit le huit cylindres en ligne 3,3 litres de Type 101 en version suralimentée. La puissance annoncée tourne autour de 200 ch, contre environ 133 à 135 ch pour la version atmosphérique. La voiture conserve aussi la logique technique d’origine, avec une transmission d’époque, ce qui renforce son caractère hybride entre ancien et nouveau.
Il faut toutefois garder une réserve sur les chiffres exacts : selon les sources, la puissance varie légèrement, ce qui est courant pour des fiches de voitures très documentées mais reconstruites à partir d’archives et de récits de collection. L’important n’est pas l’écart de quelques chevaux, mais le fait que cette version était objectivement la plus désirable du Type 101.
La carrosserie est réalisée par Ghia, sur dessin lié à Virgil Exner. Le résultat mélange plusieurs registres : calandre en fer à cheval, phares rectangulaires très années 1960, pare-brise fendu de style néoclassique et queue assez spectaculaire. L’ensemble est plus théâtral que cohérent, mais c’est précisément ce qui en fait une pièce importante de l’histoire du design automobile.
On peut critiquer le projet sur un point : il tente de faire dialoguer une base de l’après-guerre avec un langage stylistique américain des années 1960, et ce mélange n’est pas toujours harmonieux. Mais justement, cette tension entre héritage Bugatti et goût Exner/Ghia constitue sa valeur historique.
La Type 101C-X est dévoilée au Salon de Turin en 1965, où elle attire fortement l’attention. Elle est ensuite restée une voiture de collection, passant entre plusieurs propriétaires prestigieux, dont General William Lyon, avant de réapparaître récemment sur le marché.
Sur le plan historique, son intérêt est double : c’est à la fois le dernier grand geste autour d’un châssis Bugatti d’origine, et un objet de transition entre la carrosserie artisanale classique et le design « show car » du milieu des années 1960. En ce sens, elle appartient autant à l’histoire de Bugatti qu’à celle du design américain d’après-guerre.
La Type 101C-X n’est pas importante parce qu’elle aurait changé l’industrie. Elle est importante parce qu’elle cristallise la fin d’un monde : celui des Bugatti construites comme objets d’élite, fabriqués en très petite série, avec une forte place laissée au châssis, au carrossier et à la signature stylistique.
Elle sert aussi de réponse à une question plus large : qu’est-ce qu’une « vraie » Bugatti après la guerre ? Ici, la réponse est ambiguë, mais crédible historiquement : une Bugatti d’origine dans son squelette, réinterprétée par des acteurs extérieurs, à une époque où la marque n’a plus la capacité industrielle de redevenir ce qu’elle était avant-guerre.
La Bugatti Type 101C-X est l’unique synthèse entre le dernier châssis Bugatti d’après-guerre, un moteur compressé de Type 101 et une carrosserie Ghia signée Virgil Exner, présentée à Turin en 1965 comme tentative symbolique de renaissance de la marque.
Cette auto (Châssis 101506) peut être estimée de 2 à 3 millions de $.
































