La Peugeot 504 Riviera n’est pas une déclinaison de série, mais un concept‑car unique signé Pininfarina, présenté en 1971 comme un « break de chasse » sur base de 504 coupé/cabriolet. Conçue dans la foulée de succès commerciaux et stylistiques, cette voiture n’a jamais franchi le cap de la production, avant de disparaître complètement des radars à la fin des années 1990. Quelques décennies plus tard, un milliardaire britannique l’a ressuscitée presque à l’identique, et la réplique trône aujourd’hui au musée de l’Aventure Peugeot à Sochaux.
La 504 est lancée en 1968 et devient rapidement une réussite de Peugeot, avec une image de berline routière robuste et confortable. Grâce à Pininfarina, la gamme se dote ensuite de dérivés plus valorisants : coupé et cabriolet, qui inscrivent la 504 dans un registre plus statut. Dans cette logique, la Riviera devait prolonger la gamme en ajoutant une silhouette plus originale, combinant élégance de coupé et volume utilitaire de break.
La Riviera est un « break de chasse » : un mélange entre volume arrière allongé et ligne de coupé sportif, avec une cabine très sobre et des lignes épurées. Le style est élégant, discret, et très différent de la berline 504 classique ; il préfigure l’idée de break‑coupé qui ne deviendra vraiment courante que bien plus tard chez certains constructeurs premium.
En 1971, Peugeot a déjà une gamme chargée : berline, break, coupé, cabriolet, pick‑up et 4×4. Dans ce contexte industriel et financier, le projet Riviera est jugé trop niche et trop spécialisé. L’idée est séduisante sur le plan esthétique, mais fragile commercialement : trop marginale pour justifier une production rentable. Peugeot n’homologue donc jamais le modèle, et l’unique exemplaire construit reste un prototype de prestige.
Ce concept, baptisé Riviera en référence à la Côte d’Azur, est d’abord présenté au Salon de Genève puis au Salon de Paris. Il repose sur la 504 coupé/cabriolet, avec un coffre prolongé, des lignes très sobres et une allure plus statut que pratique. Après son exposition, il passe en Espagne, puis se perd dans l’oubli vers la fin des années 1990. Pendant plusieurs décennies, la Riviera n’existe plus qu’à travers des photos en noir et blanc, des archives rares et quelques articles de presse.
Le projet de la faire renaître vient d’un acteur inattendu : Barnaby Swire, milliardaire britannique et ancien propriétaire d’une 504 cabriolet, nostalgique de ce modèle. Vers 2022, il lance officiellement la reconstruction via la société britannique HC Classics, avec une injonction simple mais exigeante : recréer la Riviera à l’identique, à partir de très peu de documents.
La base retenue est un cabriolet 504 de 1972, considéré en meilleur état qu’un coupé de 1971 testé au préalable. Les équipes polonaises de SPT Group se chargent de la carrosserie et de la modélisation, avec une modélisation 3D des volumes arrière, un nouveau vitrage, une banquette arrière taillée sur mesure et des jantes fidèles à l’originale. Pininfarina apporte son concours technique pour certaines pièces, ce qui renforce la légitimité stylistique de la réplique.
Trois années de travail auront été nécessaires pour aboutir à cette fidèle réplique, comprenant des heures de modélisation 3D, reproduction du vitrage, reconstruction complète de la partie arrière, fabrication d’éléments spécifiques et restauration intégrale de la base. Certaines adaptations sont également intégrées pour des raisons de sécurité.
Peu à peu, la silhouette réapparaît. Ce qui n’était plus qu’un souvenir reprend forme !
Le coloris bleu choisi est un peu plus clair que celui du concept de 1971, mais l’intérieur blanc, les chromes et les optiques restent strictement conformes à l’original. Quelques adaptations sont introduites pour des raisons de sécurité : renfort de la partie arrière du plancher, dispositif de verrouillage de la banquette arrière, ce qui empêche de parler de réplique 100% « pure » au sens juridique ou technique.
Le travail total prend environ trois ans de conception et de réalisation, avant la mise en circulation d’une seule réplique, présentée comme une Riviera « comme sortie d’usine ». Outre cette version officielle, deux autres interprétations existent : la 504 « Côte d’Azur » de 2004, construite sur une 504 V6 Ti, avec toit ouvrant en toile et phares rectangulaires, et une autre réplique bleue circulant en Allemagne, qui restent des projets de passionnés, sans la rigueur ni l’envergure industrielle du projet britannique.
Aujourd’hui, la réplique de Barnaby Swire est exposée au musée de l’Aventure Peugeot à Sochaux, en tant que « fantôme » ressuscité de l’histoire automobile française. Historiquement, la Riviera reste un prototype de prestige sans véritable impact industriel : son intérêt est surtout esthétique et symbolique, comme reliquat d’une voie que Peugeot n’a pas voulu ou pu emprunter. Elle illustre à la fois l’ambition stylistique de l’époque et les limites économiques qui ont empêché certains concepts de devenir réalité.

































































