Au carrefour de l’innovation et de la controverse, la Tucker 48 — aussi connue sous le nom de « Tucker Torpedo » — reste l’un des plus grands « et si » de l’histoire automobile américaine. Imaginée par l’excentrique mais visionnaire Preston Tucker, cette berline révolutionnaire ne verra le jour qu’à 51 exemplaires avant que son constructeur, la Tucker Car Corporation, ne s’effondre dans un mélange de pressions politiques, de controverses juridiques et de sabotage industriel. Retour sur une page fascinante de l’automobile d’après-guerre.
Né en 1903 dans le Michigan, Preston Thomas Tucker incarne l’ingéniosité entrepreneuriale typiquement américaine. Ancien vendeur d’automobiles et passionné de technologie militaire (notamment avec la Tucker Turret, une tourelle pour avions utilisée durant la Seconde Guerre mondiale), il rêve de créer *la voiture du futur* pour l’Américain moyen. Après le conflit mondial, l’industrie automobile américaine est figée : les « Big Three » (General Motors, Ford, Chrysler) reprennent lentement la production civile sur des bases techniques des années 1930. Tucker, lui, ambitionne de repartir d’une feuille blanche.

Présentée officiellement en 1947, la Tucker 48 stupéfie l’industrie par sa modernité. Parmi ses innovations, notons un moteur arrière de 5,5 litres développant 166 chevaux dérivé de ce lui de l’hélicoptère Bell 47, une suspension indépendante sur les quatre roues, un pare-chocs « encastré » et une carrosserie profilée, pensée pour la sécurité et l’aérodynamisme, un troisième phare directionnel au centre de la calandre, surnommé le « Cyclope Eye », qui pivote avec le volant, un pare-brise éjectable en cas de choc, et des ceintures de sécurité, innovations rarissimes pour l’époque. Le design de la carrosserie fastback, spacieuse et élégante, a été conçu par le talentueux styliste Alex Tremulis, qui a notamment travaillé avec Gordon Buehrig sur la Cord 810/812, la Chrysler Thunderbolt de 1941 et, plus tard, sur le design d’un avion à carrosserie relevable qui préfigurait la navette spatiale de la NASA.

La voiture est non seulement belle et futuriste, mais performante : certaines versions expérimentales dépassent les 190 km/h, une prouesse pour une berline américaine de 1948.

Tucker fonde sa société en 1946 à Chicago, reprenant une immense usine de fabrication de moteurs d’avion. Pour financer son projet, il recourt à des méthodes peu orthodoxes, notamment la prévente d’accessoires (comme des radios et des valises) aux futurs propriétaires, avant même que les voitures ne soient construites. Il lance également une émission d’actions en bourse, attirant des milliers de petits investisseurs convaincus par sa vision. Mais cette créativité financière va attiser l’attention de la Securities and Exchange Commission (SEC).

À l’été 1948, avant même que la Tucker 48 ne soit officiellement produite en série, la SEC ouvre une enquête contre Preston Tucker pour fraude et manipulation. S’ensuit un procès retentissant en 1949, où l’accusation tente de prouver que Tucker n’avait jamais eu l’intention de construire une voiture, mais simplement de détourner des fonds.

Bien que Tucker et ses associés soient acquittés en janvier 1950, le mal est fait : l’image de la marque est ruinée, les financements taris, et la production définitivement arrêtée. La Tucker Car Corporation est dissoute. Sur les 51 voitures assemblées, 47 sont encore connues aujourd’hui, souvent conservées dans des musées ou des collections privées.

D’un point de vue technique, la Tucker 48 a laissé un héritage durable. Ses innovations, naguère jugées fantaisistes, sont aujourd’hui devenues des standards de sécurité. Quant à son design audacieux, il demeure un objet d’étude pour les stylistes automobiles.

La Tucker 48 n’était pas une chimère : elle roulait, séduisait, fascinait. Mais dans une industrie dominée par des géants conservateurs, il n’y avait guère de place pour un électron libre. Preston Tucker voulait bousculer les codes et mettre la sécurité et la technologie au service du conducteur — un geste presque subversif dans l’Amérique triomphante de l’après-guerre.

Plus qu’une simple voiture, la Tucker 48 est devenue une légende, incarnation de ce que l’automobile « aurait pu être » si l’on avait osé sortir des sentiers battus.

Selon les archives historiques de Tucker, cette Tucker, la 14e voiture de série construite, châssis 1014 finie en Waltz Blue, a été expédiée à San Francisco et a été achetée neuve en 1949 par Charles DeCosta, avant de passer à Isadore Rasinsky deux ans plus tard. En 1952, la 1014 a été achetée par le propriétaire, mécanicien et historien William Hamlin d’Ontario, en Californie, avec 70 000 miles. au compteur.

M. Hamlin a donné à Tom McCahill l’occasion de reprendre son article pour Mechanix Illustrated en 1971, sur l’essai routier de la Tucker 1014. M. Hamlin est connu pour avoir beaucoup conduit la 1014 ; en fait, au moment de l’essai routier de 1971, la voiture avait parcouru plus de 155 000 miles, ce qui en faisait l’une des Tucker les plus éprouvées de toutes. Pour son nouvel article, McCahill a conduit la 1014 sur les autoroutes du sud de la Californie, atteignant à nouveau 105 mph avant de relâcher l’a

M. Hamlin est décédé en 1979, et la 1014 s’est retrouvée dans l’inventaire du concessionnaire de San Francisco et spécialiste des Tucker, Beverly Ferreira. C’est à cette époque que M. Ferreira a vendu la Tucker Waltz Blue à Francis Ford Coppola et, quelques années plus tard, elle a été préparée pour un nouveau gros plan, cette fois sur le grand écran.

Le destin tragique de Tucker est devenu un symbole du combat de l’individu contre les puissances établies. Le film « Tucker: The Man and His Dream » (1988), réalisé par Francis Ford Coppola et interprété par Jeff Bridges, a largement contribué à réhabiliter l’image de Tucker auprès du grand public et raconte de manière vivante l’histoire de ces voitures révolutionnaires.

Originaire de Détroit, Francis Ford Coppola a été attiré par l’automobile dès son plus jeune âge et se souvient de l’enthousiasme suscité par la sortie annoncée de la Tucker à la fin des années 1940. Plus tard dans sa vie, lorsque le célèbre cinéaste a commencé à faire des recherches sur Preston Tucker, il s’est senti très proche de lui. Étant lui-même un idéaliste créatif et un visionnaire qui a dû faire face à de puissants obstacles, il existe certainement des similitudes entre les deux hommes célèbres et influents. Peu de temps après, M. Coppola a commencé à développer le film « Tucker: The Man and His Dream » (1988), réalisé par Francis Ford Coppola et interprété par Jeff Bridges, a largement contribué à réhabiliter l’image de Tucker auprès du grand public et raconte de manière vivante l’histoire de ces voitures révolutionnaires.

La Tucker 1014 apparaît dans plusieurs scènes de la production, et M. Coppola a permis qu’elle soit en grande partie démontée pour les séquences filmées sur le plateau de la chaîne de montage de l’usine Tucker. Après la sortie du film, qui a fait connaître ces voitures dans le monde entier et a grandement contribué à leur valeur, la Tucker 1014 est devenue la pièce maîtresse de la collection de M. Coppola. Attraction en soi, la voiture est conduite occasionnellement et a été exposée de temps à autre à Inglenook, le célèbre domaine viticole de la famille Coppola dans la vallée de Napa.
Une plaque en laiton placée dans le compartiment moteur de la 1014 commémore l’événement, qui marque également la 25e année de collaboration de Tom McCahill avec le magazine.

L’importance et l’attrait des Tucker survivantes pour les collectionneurs avisés sont bien compris ; cependant, il n’y en a pas assez pour satisfaire tous les collectionneurs qui aimeraient en posséder une, et les occasions d’en acquérir une sont rares. La Tucker 1014 est la preuve de l’effort courageux de Preston Tucker pour changer le monde, et elle a été conservée avec amour pendant plus de 40 ans par l’aficionado de Tucker peut-être le plus influent de tous. Gooding Christie’s est fière de présenter la Tucker de Francis Ford Coppola, une occasion importante et inattendue.

Cette auto (Châssis 1014) est estimée enre 1,5 et 2 000 000 $.