La Salmson 2300 S est le dernier grand modèle de tourisme sportif de la marque Salmson, dévoilé au Salon de Paris 1953 et produit à une petite série au milieu des années 50. Elle symbolise à la fois l’aboutissement du savoir‑faire technique de la firme et la fin de son aventure automobile.

Salmson naît à la fin du XIXe siècle dans la mécanique de précision, puis se fait un nom dans les moteurs et avions durant la Première Guerre mondiale avant de se lancer dans l’automobile dans les années 1920. La marque se distingue rapidement par des moteurs à double arbre à cames en tête très en avance sur la production française courante.

Dans l’entre‑deux‑guerres, Salmson passe des petites sportives aux modèles plus bourgeois mais reste pénalisée par des coûts élevés et une diffusion confidentielle. La situation financière se dégrade au tournant des années 50, conduisant au dépôt de bilan en 1951 puis à la reprise par Bernard Moteurs en 1952.

Après la reprise, le nouveau management veut une voiture de sport moderne, capable d’exister en image face aux marques étrangères et de soutenir les ventes à l’export. Le projet d’un coupé sportif est confié à Eugène Martin, ancien pilote et technicien, qui conçoit un châssis et une carrosserie nouveaux autour du 4‑cylindres maison de 2,3 litres.

La 2300 S apparaît au Salon de Paris 1953, parallèlement à une version plus radicale 2300 GS à châssis raccourci beaucoup moins diffusée. Elle remplace la Randonnée dans le haut de gamme Salmson et doit incarner une sorte de « GT à la française » face aux productions italiennes et britanniques.

La 2300 S reçoit un 4‑cylindres en ligne tout aluminium de 2 328 cm³ avec double arbre à cames en tête, solution encore rare sur une voiture de route française de cette catégorie. Selon les sources et les variantes (carburation, réglages), la puissance annoncée tourne autour de 105–110 ch pour une vitesse de pointe voisinant 170–180 km/h, au niveau de certaines Jaguar et Maserati contemporaines.

La boîte Cotal électromagnétique à quatre rapports équipe la majorité des voitures, une boîte manuelle ZF quatre vitesses étant proposée en option. Le train avant à roues indépendantes, la direction à crémaillère et la suspension soignée donnent au châssis une tenue de route très appréciée par la presse spécialisée.

Le coupé 2300 S est d’abord produit avec des carrosseries réalisées par des sous‑traitants comme Desvaux et Esclassan, sur un dessin fluide à la fois classique et moderne. Rapidement, Salmson fait appel au carrossier Henri Chapron qui retouche la ligne, notamment la partie arrière et les projecteurs additionnels, pour affiner l’allure et la rendre plus élégante.

Une rare version cabriolet est également proposée, encore plus coûteuse et confidentielle que le coupé. Certaines 2300 S de compétition reçoivent des carrosseries spéciales, notamment une barquette carrossée par Motto pour l’engagement au Mans.

En rallye, la 2300 S obtient des résultats flatteurs dès le début de sa carrière, avec notamment la Coupe des Alpes 1953–1954 et de bons classements dans des épreuves comme Liège‑Rome‑Liège, Charbonnières ou le Rallye des Tulipes. Sur circuit, une 2300 S participe entre autres aux 24 Heures du Mans au milieu des années 50, renforçant l’image sportive du modèle malgré des abandons.

Sur le plan commercial, la voiture souffre d’un prix très élevé, nettement supérieur à celui d’une Peugeot 403 par exemple, ce qui limite sévèrement la diffusion. La production totale se situe un peu au‑dessus de 200 exemplaires (autour de 217–227 selon les sources) entre 1953 et 1957, faisant de la 2300 S une automobile rare qui marque la fin de la production Salmson.

Cet exemplaire (Châsis 85126) est l’un des 121 coupés construit par Chapron. La voiture a couru le Tour de France Automobile 1956 et a fini 5ème ! Adjugée 50 600 € en juin 2019 à Chantilly.