La collaboration la plus connue de la Carrozzeria Pininfarina avec Rolls-Royce est le coupé Camargue exclusif, dont 531 exemplaires furent produits entre 1975 et 1985, mais avant cela le célèbre carrossier italien avait réalisé une poignée d’exemplaires uniques sur des châssis construits à Crewe. La voiture unique proposée ici est l’une des premières : une Rolls-Royce Silver Dawn de 1951, châssis numéro « SCA43 », commandée par le commendatore Luigi Bressani, résident de Milan, en Italie ; des pistons à jupe fendue furent spécifiés, ainsi qu’un compteur de vitesse gradué en kilomètres.
Immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, le directeur général de Rolls-Royce, Sir Arthur Sidgreaves, décida de rationaliser la gamme Bentley et Rolls-Royce. Les premières voitures furent la Silver Dawn et la Bentley Mk VI. Elles utilisaient le même châssis et la même mécanique, avec des adaptations de performances minimales pour la Mk VI. Des carrosseries en acier embouti furent produites par l’usine, et ces véhicules de luxe d’entrée de gamme assurèrent à la marque un succès considérable dans le monde entier.
Introduite en 1949, la Silver Dawn fut produite parallèlement à la Mark VI et à la Rolls-Royce Silver Wraith carrossée sur mesure, bien qu’en nombre bien plus réduit. Un châssis séparé fut conservé, le même dessin de base étant décliné en trois empattements différents, tandis que d’autres caractéristiques notables comprenaient une suspension avant indépendante et des freins hydrauliques à l’avant.
La gamme recevait un nouveau moteur six cylindres de 4 257 cm³ à distribution admission en tête/échappement latéral, en développement depuis le milieu des années 1930. Pour la première fois, la marque utilisait une courroie pour entraîner la pompe à eau et la dynamo sur ce moteur, qui recevait un carburateur Zenith Stromberg dans une configuration spécifique Rolls-Royce. Ce dernier était préféré aux doubles SU de la Mark VI, offrant un fonctionnement plus souple et un dispositif de démarrage à froid, dont la Bentley équipée de SU ne bénéficiait pas avant 1952.
Malgré la popularité de la carrosserie « acier standard » de l’usine de Crewe, inaugurée sur la Bentley Mark VI et reconduite sur la Rolls-Royce Silver Dawn, une carrosserie réalisée par un carrossier indépendant restait le choix privilégié de nombreux clients, parmi lesquels Luigi Bressani. Le commendatore devait être un homme immensément riche, car les archives d’usine indiquent que la Silver Dawn lui coûta 2 100 £ – soit à peu près le prix moyen d’une maison au Royaume‑Uni à cette époque, l’équivalent de bien plus de 200 000 £ aujourd’hui – et ce uniquement pour le châssis !
Le 30 août 1950, la Silver Dawn fut confiée à l’armateur pour être acheminée de Douvres à Dunkerque à bord du Hampton Ferry. Pininfarina acheva ensuite la voiture dans son usine du Corso Trapani, à Turin, le coût total s’élevant alors à environ 10 000 £ ; en 1951, elle fut exposée au Salon de Turin de cette année‑là.
Son prix rendit la Silver Dawn Pininfarina bien trop onéreuse, même pour Rolls-Royce, et toute idée de petite série fut abandonnée. Lorsque la Bentley Continental apparut l’année suivante sur châssis R‑Type, elle ne coûtait que la moitié de cette somme. Unique Silver Dawn carrossée par Pininfarina, « SCA43 » est mentionnée dans de nombreux ouvrages consacrés à Rolls-Royce, notamment « Rolls-Royce The Classic Elegance » de Lawrence Dalton et « Pininfarina » d’Antoine Prunet.
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