À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, Renault lance la 4CV, mais souhaite aussi produire un modèle haut de gamme pour concurrencer la Citroën Traction Avant. Le projet, mené par Fernand Picard, déjà concepteur sur la 4CV, subit plusieurs problèmes dus à l’architecture des premiers prototypes. Le programme repart donc de zéro en 1949. Quelques mois plus tard, sous la pression d’une potentielle loi du gouvernement français empêchant le développement de nouveaux modèles d’automobiles dans un contexte de guerre froide, Renault accélère le développement jusqu’à sa commercialisation le 22 novembre 1951.
Quelques semaines après la finalisation des derniers prototypes, la Renault Frégate est présentée au Palais de Chaillot le 24 novembre 1950. La voiture est bien accueillie par la critique, son design, bien qu’assez conventionnel, fait l’unanimité. L’habitabilité suscite également d’élogieux commentaires. Avec ses deux banquettes, la Frégate peut accueillir six passagers, et son plancher plat, rare pour une propulsion à l’époque, est particulièrement apprécié. En raison de la précipitation de Renault de dévoiler le modèle au plus vite, la voiture exposée, de couleur grise, n’est pas fonctionnelle, et les journalistes ne peuvent pas l’examiner de près. En effet, malgré cette première présentation publique officielle, la Frégate n’est pas encore totalement au point. Sa mise au point technique se poursuit avec l’aide d’une sélection de clients, assistés par des agents de la marque, lors de tests en conditions réelles. Dix semaines après sa première présentation, Renault publie un dossier de presse accompagné de neuf photos, à destination de la presse spécialisée.
La version définitive de la Renault Frégate fait ses débuts publics au Salon de l’Automobile, du Cycle et du Motocycle de 19517. Toutefois, l’industrialisation du modèle prend du retard. Initialement prévue à l’usine de Flins, qui n’est pas encore opérationnelle, la production est finalement déplacée à l’usine de Billancourt, où une ligne de montage est installée en urgence.
La première Renault Frégate de série est livrée le 22 novembre 1951 à la concession Renault des Champs-Élysées. Avec son nom évoquant le domaine maritime, une « frégate » désignant un type de navire, ce premier modèle est remis au baron Surcouf, descendant du corsaire Robert Surcouf. La remise des clés par le directeur commercial de Renault, M. Grandjean, est l’objet d’une cérémonie, avec les maîtres d’hôtel habillés en corsaires. La voiture, conduite par le baron, rejoint ensuite Saint-Malo par la route, accompagnée de cinq autres Frégates pour une seconde cérémonie.
Dès le lancement, la Frégate est vivement critiquée pour le manque de puissance de son moteur et l’imprécision de sa boîte de vitesse, en plus de problèmes d’étanchéité, de surconsommation d’huile moteur, de sa direction imprévisible, et de vibrations gênantes. Cependant, la critique la plus souvent formulée concerne avant tout les nombreux problèmes de fiabilité qui affectent le véhicule. La presse s’en empare régulièrement, contribuant à ternir l’image du modèle auprès du public. Ces défaillances, directement liées à une mise au point précipitée, s’avèrent particulièrement pénalisantes pour l’ensemble du réseau, contraint de multiplier les interventions pour y remédier.
En 1953, Renault prend la décision de rappeler l’intégralité des presque 40 000 exemplaires vendus. Cette campagne, appelée « opération 53 », doit apporter des modifications cruciales, notamment l’installation de nouvelles pièces enfin jugées fiables après plusieurs ajustements. Au-delà de l’impact financier significatif pour l’entreprise, qui affecte lourdement la rentabilité du modèle, l’opération contribue une nouvelle fois à entacher la réputation du modèle. L’image de la Frégate en pâtit encore considérablement, rendant les acheteurs potentiels plus réticents.
Malgré des défauts de jeunesse évidents, sous-motorisée, mais dotée d’un excellent freinage et d’un très grand confort, la Frégate, dotée à partir de 1956 d’un moteur plus robuste, aurait mérité plus d’attention. Malgré toutes ces améliorations et une fiabilité enfin présente, les ventes du haut de gamme de Renault n’étaient pas à la hauteur des attentes, surtout depuis la sortie de la DS 19 de Citroën.
Elle a été utilisée par de nombreux services ministériels et officiels, (et pas seulement la police et la préfectorale) comme voiture de grande liaison pour les officiers généraux ; elle a connu des versions bicolores et de jolis coupés et cabriolets fabriqués à la demande par des carrossiers indépendants.
La production de la Frégate cesse en avril 1960, après 180 463 exemplaires produits.
Comptez de 3 000 à 8 000 €.
Châssis 3304785


























