Wifredo Ricart, ingénieur motoriste né à Barcelone en 1897 va marquer l’industrie automobile du XXe siècle. S’il fait ses armes – avec succès – chez Hispano-Suiza, il construit très tôt une première voiture de course sur ses fonds propres, et très performante pour l’époque (moteur 4-cylindres 1500 double ACT développant 50 ch à 5 000 tr/min), puis une voiture de sport, la Ricart 226 (moteur 6-cylindres 1500 double ACT !). Lorsque la Guerre Civile éclate en 1936, il fuit en Italie, et se retrouve à la tête des projets spéciaux, puis du service course Alfa Romeo, avec un certain Enzo Ferrari. Les deux forts caractères sont incompatibles, et si Ferrari quitte Alfa à la fin des années 1930, Ricart continuera ses travaux pour la marque d’Arese jusqu’à la fin de la guerre. On lui connait plusieurs moteurs incroyablement performants, dont un 12-cylindres à plat 1500 à compresseur développant la bagatelle de 335 ch, ou un V16 3 l à compresseur de 490 ch ! De retour en Espagne, il prend la tête de la toute jeune ENASA (Empresa Nacional de Autocamiones SA) pour recréer les bases de l’industrie automobile espagnole, et pour notamment construire des camions et autres véhicules industriels, sous la marque Pegaso, dont le pays a tant besoin.

Ricart a toujours en tête l’automobile, la compétition, sa rivalité avec Ferrari, et ne tarde pas à -facilement – convaincre le Général Franco d’investir pour créer une incroyable auto qui permettrait de faire rayonner l’Espagne sur le devant de la scène automobile internationale. Comme à son habitude, l’ingénieur ne lésine pas sur les solutions techniques et se lance à fonds perdus dans ce qui demeure encore aujourd’hui la plus incroyable automobile espagnole jamais fabriquée. La pièce maîtresse ? Un moteur V8 tout en alliage léger à quatre arbres à cames en tête développant jusqu’à 250 ch, accouplé à une boîte 5-vitesses…

La légendaire GT ibérique sera produite à 86 exemplaires, toutes versions confondues, habillées en interne à l’usine ENASA, par l’italien Touring, par l’espagnol Serra, et par le grand carrossier Français Saoutchik. La voiture qui illustre ces pages est l’une des 18 Pegaso carrossées par Saoutchik, et l’un des 4 cabriolets : un prototype, deux cabriolets de première série, un cabriolet de deuxième série. Après le prototype, deux Z-102 ont en effet été préparées pour le Salon de Paris 1953, l’un, châssis #132, exposé sur le stand de la marque, l’autre, châssis #134, sur le stand du carrossier.

Cette deuxième auto, née bleu métallisée, avec intérieur bleu assorti, motorisée par un moteur 2,8 l à simple carburateur sera ensuite vendue à un riche client madrilène, immatriculée M-109.179, une immatriculation qu’elle porte encore à ce jour… Elle aura entre 1955 et 1975 deux autres propriétaires espagnols, avant d’être achetée en 1976 par un grand collectionneur barcelonais de la première heure, Monsieur W. A.-J. Repeinte en blanc, elle sera l’un des joyaux de sa collection, et il fera à son volant le tour des plus beaux événements.

On retrouvera en effet la voiture lors de l’exposition nationale en marge de la Coupe du Monde de Football qui eut lieu à Madrid en 1982, au Centre de la Culture Contemporaine de Barcelone en 2001 et – surtout – auparavant, au concours d’élégance de Pebble Beach en 1994, lors du plus important rassemblement de la marque. Depuis lors, elle n’a été exposée qu’en 2012 au Techo Classica d’Essen, et à Montmelo en 2013, préférant le confort du musée personnel de Monsieur W. A.-J. et la compagnie de #0106 qu’elle partage depuis 49 ans.

Aujourd’hui, 0134 est considéré par les experts du modèle comme l’un des exemplaires les plus originaux, affirmant également que son intérieur, qui semble presque neuf, est d’origine. Totalisant seulement 38 285 km au compteur, et toujours équipée de ses valises sur-mesure d’origine, cette incroyable Pegaso est une véritable auto de musée. Elle cumule les points forts : c’est le seul Cabriolet Saouchik Série 1 survivant. Présenté au Salon de Paris 1953, et est considéré à juste titre par les plus grands experts Pegaso comme étant l’un des exemplaires les plus originaux.

Comptez de 400 à 600 000 €.