Présentée en novembre 1963 au Salone Internazionale dell’Automobile de Turin, la Maserati Mistral inaugura une nouvelle ère pour la marque, tant en matière de nomenclature que de philosophie d’ingénierie. Baptisée d’après le vent puissant qui balaie le sud de la France, la Mistral établit la tradition chez Maserati de nommer ses modèles d’après les vents, une lignée qui comprendra plus tard les Ghibli, Bora et Khamsin. Plus important encore, elle représente l’ultime et la plus aboutie évolution du célèbre six cylindres en ligne Maserati à double allumage et double arbre à cames en tête, dont les origines remontent directement au redoutable programme de compétition 350S de la marque dans les années 1950.
La Mistral succéda à la 3500 GT, produite pendant de nombreuses années, et poursuivit le concept d’un gran turismo italien à la fois raffiné et résolument sportif. Sa carrosserie remarquable fut dessinée par Pietro Frua, dont le trait habile donna à la Mistral une silhouette basse et athlétique, caractérisée par une calandre en » nez de requin » très marquée, une surface vitrée délicate et une poupe tronquée de type Kamm. Proposée à la fois en coupé à toit fixe et en version Spyder, cette dernière se distinguait par un hard‑top amovible en aluminium qui reprenait élégamment la ligne de toit du coupé tout en conservant le plaisir de la conduite à ciel ouvert.
Les chiffres de production soulignent la rareté de la Mistral Spyder. Au cours des sept années de production du modèle, Maserati ne réalisa que 124 Spyder, contre 844 coupés. Parmi ces Spyder, seulement 30 premiers exemplaires furent équipés du six cylindres en ligne de 3,5 litres d’origine. L’exemplaire présenté ici, châssis 027, fait partie de ces très recherchées premières Spyder 3,5 litres.
Commandé en juillet 1964, le châssis 027 fut initialement configuré en Grigio Montebello avec un intérieur en cuir Pella Rossa, une combinaison à la fois sophistiquée et sportive. Le bon de commande d’origine mentionne un ensemble impressionnant d’options d’époque, notamment le rare hard‑top amovible en aluminium, des roues à rayons Borrani, une radio Blaupunkt et des vitres électriques. Achevée en octobre 1964, la voiture fut livrée neuve à Auto Distributors of New York, comme le confirme la documentation Maserati Classiche qui l’accompagne.
À une période ultérieure de son existence, la Mistral fut repeinte en rouge avec un intérieur beige et aurait passé plusieurs années exposée dans un musée. En 2012, elle fut acquise par un précédent propriétaire en Floride, qui entreprit peu après une restauration complète, commencée en 2013. Les travaux furent menés avec un souci d’authenticité, de qualité d’exécution et de durabilité. La carrosserie fut mise à nu, les planchers remplacés si nécessaire, et la voiture fut repeinte dans l’élégant et très approprié Blu Sera Metallizzato d’époque. Le résultat met en valeur les lignes pures et fluides dessinées par Frua tout en conférant au Spyder une présence résolument sportive.
La restauration de l’intérieur fut confiée à Coachtrim de Danbury, dans le Connecticut, qui regarnit l’habitacle en cuir Connolly Rosso conforme à l’origine et installa une nouvelle capote en toile noire. Le hard‑top en aluminium fut également restauré et reçut une nouvelle garniture de pavillon, tandis que le coffre fut correctement regarni en vinyle noir matelassé. Les éléments chromés extérieurs furent repris par Qual Krom, à Erie en Pennsylvanie, redonnant aux pare-chocs et aux garnitures une présentation digne d’un concours.
Sur le plan mécanique, la Mistral bénéficia également d’une remise en état approfondie. La suspension, composée de doubles triangles indépendants avec ressorts hélicoïdaux à l’avant et d’un essieu arrière rigide à ressorts à lames, fut entièrement révisée afin d’assurer un comportement routier optimal. Bien que la Mistral fût à l’origine équipée de l’injection mécanique Lucas, ce système fut remplacé lors de la restauration par trois carburateurs Weber 42 DCOE, reconstruits et réglés par Greg Jones de Stuart, en Floride. Le système d’injection Lucas d’origine accompagne toujours la voiture aujourd’hui, offrant au futur propriétaire la possibilité de remettre le moteur dans sa configuration d’origine » Iniezione « . D’autres travaux mécaniques comprirent notamment le remplacement d’éléments du système d’allumage afin d’assurer des performances fiables.
La voiture repose sur ses correctes roues à rayons Borrani à écrou central à trois oreilles, chaussées de pneus Pirelli Cinturato montés en 2017, avec une roue de secours à rayons assortie soigneusement logée dans le coffre. Après l’achèvement de sa restauration, la Mistral fut très peu utilisée, ne parcourant qu’un kilométrage minimal et restant soigneusement entretenue par son précédent propriétaire, passionné de voitures de sport italiennes.
Aujourd’hui, cette Mistral Spyder 3,5 litres exceptionnellement rare est accompagnée de son hard‑top en aluminium d’origine, sa trousse à outils et la documentation Maserati Classiche confirmant la présence de son moteur d’origine » matching numbers » (AM109S 027, numéro interne 2308).
Élégante, puissante et magnifiquement restaurée, la Mistral Spyder figure parmi les plus grands coupés de grand tourisme des années 1960, un mélange évocateur d’héritage de compétition, de style italien et de sophistication à ciel ouvert.
Comptez 498 000 $.










































