En 1968, Citroën rachète le constructeur au trident à la famille Orsi. Ce rachat est un peu le fruit du hasard : Pierre Bercot le patron des chevrons, veut lancer la version sportive de la DS, mais considère qu’il n’a pas les moyens de concevoir un V6 « typé » sport. Après avoir consulté́ Volvo ou BMW, c’est vers Maserati (et son ingénieur Giulio Alfieri) que se tourne Citroën. C’est un vrai bol d’air que ce contrat d’engineering pour Maserati qui perd beaucoup d’argent (malgré le succès de la Ghibli lancée en 1966).

La famille Orsi voit d’un si bon œil l’arrivée de Citroën qu’elle propose à son partenaire français de racheter la marque. A l’époque, la marque française est en bonne santé́, avec un puissant actionnaire (Michelin), et le rachat de Maserati lui permet de poursuivre le développement de son modèle SM tout en faisant l’acquisition d’une marque de prestige. Ironie de l’histoire, Citroën emporte le morceau face à De Tomaso, qui prendra sa revanche 7 ans plus tard ! L’ingénieur Alfieri voit d’un bon œil l’arrivée de Citroën, amenant un peu de modernisme (notamment pour ce qui concerne les suspensions, évidemment). La Khamsin sera la plus « Citroën » des Maserati. Conçue entièrement sous l’ère française, elle sera dotée du fameux système hydraulique : suspension, freinage, mais aussi la fameuse direction assistée Diravi identique à celle de la SM avec retour automatique au point zéro.

Présente depuis 1966 au catalogue la Ghibli est un succès commercial, mais ses liaisons au sol (essieu arrière rigide sur ressorts à lames !) ne sont plus vraiment au goût du jour. En 1972, alors que Ferrari s’était pratiquement retiré du marché américain, Maserati a pris les devants en dévoilant le successeur de la Ghibli au Salon de l’automobile de Turin : la Khamsin, qui le nom d’un vent brulant balaye le désert d’Afrique du Nord, traversant l’Égypte et la Libye. Depuis le début des années 60,  la firme a pris l’habitude de nommer ses modèles d’un nom de vent, comme par exemple « Mistral » ou encore « Ghibli ».

Ce nouveau modèle, première Maserati de série conçue par Bertone sous la direction du jeune Marcello Gandini, conservait le moteur V8 de 4 930 cc qui équipait la Ghibli SS mais dégonflé à 320 ch Din à 5 500 tours offrant un couple maximal de 49 mkg à 4 000 tours, le tout alimenté par quatre carburateurs double-corps inversés Weber 42 DCNF6. Les performances étaient loin d’être ridicules avec 275 km/h en pointe, le 0 à 100 expédié en 5,8 secondes et le 1 000 mètres en 25,3 secondes. La voiture gardait également l’architecture de châssis de base de la Ghibli, tout en introduisant la première plateforme à moteur avant de Maserati avec suspension arrière entièrement indépendante.

La présentation officielle de la Maserati Khamsin a lieu lors du Salon de Genève en mars 1973. Dernière Maserati conçue sous la direction de Citroën, elle était équipée des systèmes hydrauliques Citroën qui contrôlaient de multiples fonctions, notamment l’assistance variable de la direction, le fonctionnement de l’embrayage, les phares escamotables et le système de freinage à quatre roues à disques.

Construite en série limitée à seulement 435 exemplaires entre 1974 et 1982, la Khamsin, avec sa configuration à moteur avant et traction arrière, a marqué la fin d’une époque classique dans l’histoire de Maserati, une configuration qui allait rester absente de la gamme du constructeur jusqu’à l’arrivée de la 3200GT à la fin des années 1990.

Selon son certificat d’origine Maserati, cette Maserati Khamsin portant le numéro de châssis 0070 a été achevée au cours de la première année complète de production, en mai 1974. Elle était habillée d’une carrosserie Bertone numéro 500029, finie en Argento, avec un intérieur en cuir Connolly noir. En novembre 1974, la voiture a été immatriculée pour la première fois à Shinagawa, au Japon, sous le numéro « 33 せ2922 ». La grande routière italienne a ensuite passé par plusieurs concessionnaires japonais à la fin des années 1970 avant d’atterrir chez M. Kazuhiko Kura, à Meguro-ku, Tokyo, en décembre 1982. La voiture a trouvé son prochain propriétaire en la personne de M. Keizo Saeki, à Kanagawa-ku, Yokohama, qui l’a immatriculée en mai 1986. Les documents archivés montrent que la Maserati est restée immatriculée dans l’archipel jusqu’en 2004, date à laquelle elle a fait l’objet d’une désimmatriculation temporaire, probablement une décision stratégique de préservation en raison de sa valeur croissante en tant qu’objet de collection. Un certificat d’exportation montre que la Maserati a finalement quitté le Japon après plus de quatre décennies, lorsqu’elle a été exportée vers la Nouvelle-Zélande le 23 juin 2016.

Là-bas, le châssis 0070 a été acquis par son propriétaire actuel, qui a ensuite transféré la voiture en Allemagne et a lancé une restauration complète, dans le respect des spécifications d’usine, réalisée par Auto Sauer à Bamberg. Rénovée dans la superbe teinte Oro Kelso avec un intérieur en cuir beige, couleur choisie par le designer Marcello Gandini, cette restauration minutieuse est documentée par des images archivées. Considérée officieusement comme un exemplaire de la première série par les amateurs de Maserati, la voiture présente de nombreuses caractéristiques d’origine, telles que son nez plat sans persiennes, ses appuie-tête intégrés dans les sièges avant, son volant à trois branches sans centre rembourré et son siège conducteur à réglage hydraulique. De plus, le châssis 0070 se distingue par ses numéros correspondants, le numéro de moteur (AM115/10/49) correspondant à celui figurant sur son certificat d’origine.

Cette Khamsin finement restaurée représente l’une des dernières grandes Maserati de l’âge d’or de la fabrication italienne de voitures de grand tourisme. Avec son puissant V8 de 4,9 litres offrant des performances souples et musclées, cet exemplaire exceptionnel est parfaitement adapté aux prestigieux concours et rassemblements de voitures italiennes, tout en offrant à son prochain propriétaire le pur plaisir du grand tourisme dans l’une des voitures GT les plus abouties de Maserati.

Comptez de 150 000 à 200 000 €.