La Lancia B24S Spider fait partie des plus beaux cabriolets de la seconde moitié du XXe siècle et cette auto a de qui tenir. Elle est la dernière conçue avec la collaboration de Vittorio Jano, si bien que l’on peut s’attendre à un véritable raffinement mécanique. Le moteur V6, configuration alors peu usitée, est dérivé des V4 précédents et, dans le souci d’une bonne répartition des poids, les ingénieurs ont conçu une transmission par boîte-pont à l’arrière. De plus, les freins sont accolés au pont arrière, formant un ensemble extrêmement compact. Cette disposition est d’abord adoptée sur une berline mais va ensuite passer sous la robe d’un coupé, le célèbre B20 GT.
Présenté au Salon de Turin 1951, il en est une des vedettes, grâce à sa ligne élégante et sobre signée Felice Boano pour le compte de Ghia (mais la voiture sera ensuite fabriquée chez Pininfarina). D’emblée, cette voiture présente d’évidentes qualités sportives et les succès ne tardent pas, à commencer par la deuxième place de Bracco aux fameux Mille Miglia, en mai 1951, derrière la beaucoup plus puissante Ferrari de Villoresi. Les B20 Corsa, plus légères grâce à leur carrosserie en aluminium, prendront le relai, confortant l’image sportive de cette voiture homogène et fiable. L’Aurelia accroche ainsi à son tableau de chasse, entre autres, une victoire à la Targa Florio, au Liège-Rome-Liège et au Rallye de Monte-Carlo. Sur le plan technique, la voiture va connaître quelques évolutions, notamment pour répondre aux souhaits d’une clientèle attachée au Grand Tourisme naissant : du sport, certes, mais aussi du confort. Les principales modifications concernent une augmentation de la cylindrée, à 2,5 litres et 115 ch, et une simplification de la suspension arrière : on passe de bras obliques indépendants à un essieu De Dion qui évite des réactions parfois intempestives.
A peu près à cette époque apparaît une version plus particulièrement destinée aux États-Unis, la B24 Spider America. Sur une plateforme de coupé raccourcie, il s’agit d’un sublime roadster à pare-brise panoramique, comme on pouvait en voir sur les Ford T-Bird de 1955. Présenté au Salon de Bruxelles 1955, ce Spider B24 S (pour « sinistra », conduite à gauche) est dû au crayon de Francesco Martinengo, pour Pinin Farina. Mais il ne rencontre pas le succès escompté, car il est très cher (il vaut à l’époque le double d’une Jaguar XK 140). Lancia lance donc peu après la B24 Convertible, cabriolet doté de glaces remontantes et d’un pare-brise plus classique. Par rapport au coupé, les versions découvrables sont nettement plus confidentielles, avec une production de 240 Spider et 521 Convertible. Au charme, elles ajoutent la rareté.
La sublime B24S Spider America présentée ici est la toute dernière construite en octobre 1955. Elle fut livrée neuve au Liban à son premier propriétaire et y est restée jusqu’en 1991, date à laquelle elle est acquise par Pierre Desgand et importée en France. Celui-ci la conservera jusqu’en 1998, avant de rentrer dans une collection italienne, celle de Giovanni Sieni qui confia la restauration totale de la voiture aux meilleurs spécialistes italiens de la marque, Bonfanti Garage et Cassola. La voiture y est intégralement restaurée tout en conservant toutes les spécificités d’origine, que ce soit les éléments mécaniques ou les couleurs d’origine. Son moteur V6 2,5L d’origine est refait ainsi que la transmission en 2023. Le dossier fourni est conséquent avec les factures des différents travaux et les photos de la restauration. Ce travail exceptionnel sera réalisé de 2015 à 2022, sept années pour faire de cette Lancia un véritable joyau.
Chose rare, elle est accompagnée de son hard-top Fontana, d’origine, ce qui permettra au futur acquéreur d’en profiter été comme hiver. Également, la voiture est accompagnée d’un set de roues Borrani avec les pneus, de ses pare-chocs d’origine, de ses outils, de deux clefs une originale et une reproduction ainsi que le ‘owner’s handbook’, la copie du certificat d’importation de 1991 en France.
Cette B24S Spider America, toute dernière construite, conduite à gauche d’origine, matching numbers, équipée de son hard-top d’origine, couleurs d’origine, intégralement restaurée dans les règles de l’art et à la parfaite combinaison de couleurs représente une opportunité exceptionnelle de rouler dans la plus belle Lancia de l’histoire et certainement une des plus rares et recherchées. Le meilleur de l’élégance sportive à l’italienne…
Cette B24 S America (Châssis B24S 1181 / Moteur B24 1236 / Coque 183), la toute dernière des 240 produites de 1954 à 1955, a été adjugée 834 400 € en juin 2024 à Saint-Tropez.
Ci dessous une B24 America à conduite à droite.


































