La Lancia Aurelia Spider fit ses débuts en 1954, clairement inspiré des Ferrari carrossées à l’époque par Pinin Farina. Elle était dotée d’un spectaculaire pare-brise panoramique. Officiellement baptisée B24, elle avait d’abord été nommée GT 2500 Spider. Comme elle était destinée à être vendue outre-Atlantique et avec son pare-brise panoramique d’inspiration américaine, elle fut rapidement surnommée « America ». Construite sur un empattement de 2,45 m, ses caractéristiques étaient identiques à celles des Aurelia B20 de la 4e série, à l’exception des filtres à air. Le V6 de 2 451 cm3 développant 118 ch était associé à une boîte transaxle à quatre rapports, conférant à la voiture une parfaite répartition des masses. Tous les modèles avaient un levier de vitesse au plancher et c’était la première Lancia avec la conduite à gauche de série (le S du numéro de série signifiant sinistra, gauche en italien). Pour le marché américain, où partait la majorité des voitures, une version assagie de 108 ch de la 4e série du V6 était installée, doté d’un arbre à cames adouci, tiré de la berline B12. Le Spider America ne fut produit qu’en 1955. À partir de 1956, le cabriolet B24, plus conventionnel, lui succéda, mécaniquement basé sur la 5e série de l’Aurelia B20.
Au total 240 Spider furent construits, dont 181 avec la conduite à gauche. Cette voiture particulière, châssis numéro B24S1002, est le premier modèle de série de ce très beau Spider, reconnu comme l’un des chefs-d’œuvre de Pinin Farina. Au milieu de l’année 1954, Pinin Farina avait construit un premier prototype, sans le typique pare-chocs en deux parties (baptisé baffi en italien, c’est-à-dire moustache) mais seulement des butoirs. Cette voiture a été détruite.
B24S1002 fut terminée le 11 janvier 1955, juste à temps pour être expédiée au Salon de Bruxelles où elle fut exposée en première mondiale. De là, elle gagna probablement le Salon de Genève qui se tenait début mars. Elle fut aussi utilisée pour les photos d’usine publiées dans le catalogue, etc.
Cette voiture peut être considérée comme le prototype, car elle arbore quelques différence par rapport aux Spider de série ultérieurs. Pour commencer elle est environ 5 cm plus courte. L’espace entre le capot et le bas du pare-brise ne mesure pas plus de 10 mm, alors qu’il est bien plus large sur les modèles suivants et parfaitement visible. C’est le seul Spider à avoir un entourage de pare-brise en quatre éléments (comme il est, en fait, décrit dans le catalogue de pièces détachées, mais qui ne fut retenu pour la série). C’est aussi le seul à avoir des essuie-glace parallèles, les modèles de série ayant des essuie-glace qui se rejoignent au centre. Les contre-portes arborent quatre bandes chromées de protection qu’on ne retrouve pas sur le modèle définitif de production. Le logotype Pinin Farina est accompagné de son nom en entier et situé derrière les portes.
B24S 1002 fut plus tard utilisé comme véhicule de démonstration par l’usine et fut vendu en Belgique en octobre 1955 (première immatriculation le 7 octobre 1955). Au début des années 1960, elle était la propriété du fils de l’ancien importateur Lancia, Tonquet de Bruxelles. Elle fut ensuite remisée, son moteur ayant été fendu par le gel. Au début des années 1970, la voiture fut restaurée pour la première fois, un bloc de B20 4e série, conforme à l’origine, remplaçant celui qui avait gelé, et fut vendue à un ingénieur d’Anvers. Elle connut deux autres propriétaires, avant d’être achetée par le vendeur en 1998. À l’époque elle était gris métallisé et avait des sièges de Flaminia en cuir noir.
En 1955, la voiture avait été exposée au salon avec des enjoliveurs imitant des roues fil, mais ils n’étaient plus sur la voiture quand le propriétaire actuel l’a achetée. Il a fallu des années avant de retrouver les mêmes. C’est seulement lorsqu’il les a eu retrouvés qu’il a décidé de restaurer la voiture dans sa configuration du Salon de Bruxelles. En 2005 la voiture fut dépouillée jusqu’au dernier boulon. La reconstruction a compris la reconstruction de presque tout le soubassement. Les Aurelia sont de belles voitures, mais sujettes à la corrosion qui est bien souvent trompeusement cachée sous des réparations de carrosserie superficielles. Comme l’intérieur était manquant, un intérieur entièrement nouveau a été refait par le spécialiste bien connu Ferraresi de Ferrare, dans la couleur rouge conforme à l’origine et dans le même grain de cuir. Comme il s’agit d’une voiture très importante, la restauration a été menée sous la supervision du Registro Aurelia Italiano pour être sûr que les couleurs et les équipements sont 100% conformes.
En 2010 l’intégralité de la mécanique a été révisée par le spécialiste réputé de l’Aurelia, Bazille de Troisdorf en Allemagne. Le moteur a été entièrement refait, la boîte et l’essieu arrière révisés et l’essieu avant avec sa complexe suspension « télescopique » rénové. Simultanément, Une pompe à essence électrique et un ventilateur auxiliaire à commande thermostatique ont été installés et le radiateur refait. La dynamo a été remplacée par un alternateur plus puissant. Le système de freinage a été également complètement révisé et un échappement en inox installé.
La Lancia a parcouru moins de 10 000 km depuis sa restauration mécanique et a toujours été bien entretenue par le spécialiste Epoca Ricambi d’Achêne-Ciney, en Belgique. La dernière révision importante a été effectuée en 2013, comprenant un changement du liquide de freins et de l’huile de boîte et le remplacement des bougies. Une batterie neuve a aussi été installée et à peine 500 km ont été parcourus depuis lors.
Sa rareté, sa pure élégance et son excellent comportement routier font sans aucun conteste du Spider B24 America le plus séduisant de tous les modèles Lancia et à plus forte raison ce prototype unique, plus ancien exemplaire survivant.
Cette auto (Châssis B24S1002) est estimée entre 900 000 et 1 300 000 €.










