Felice Mario Boano, l’un des carrossiers italiens les plus célèbres de son époque, fut le premier – alors qu’il travaillait chez Ghia – à proposer la version « Spiaggina » basée sur des véhicules utilitaires Fiat.

A une époque directeur de Fiat, propriétaire de la Juventus FC et responsable de plus de 3% de la main-d’œuvre italienne, Gianni Agnelli fait partie des grands industriels du XXe siècle. Mais il était aussi une icône du style – un homme dont le charme et la vision du design ont contribué à façonner le monde de la mode. Et ce sont dans ses choix automobiles que cette élégante décontraction était le plus visible.

En 1958, “L’Avvocato” a passé commande de deux voitures spectaculaires à Mario Boano, de la Carrozzeria Ghia. Basés sur la plateforme et la mécanique de la modeste Fiat Nuovo 500, ces chefs-d’œuvre fabriqués artisanalement présentaient une audacieuse carrosserie ouverte, des lattes de protection en bois, des sièges avant en osier tressé et une banquette arrière confortable pour accueillir les passagers. L’une des deux voitures a été offerte en cadeau à Aristotle Onassis, alors que le présent exemplaire a été immatriculé le 25 juin 1958 au nom d’Agnelli et utilisé pour distraire ses amis et prestigieux invités dans la splendide Villa Leopolda de Villefranche-sur-Mer, en France.

Basée sur la populaire Fiat 500, petite citadine abordable de l’époque, cette version fut transformée en une luxueuse Spiaggina réservée à un usage exclusif. Contrairement aux véhicules de luxe traditionnels, les carrossiers comme Boano utilisaient des voitures plus petites et plus accessibles pour les transformations en Spiaggina, conçues pour de courts trajets. Ces voitures transportaient souvent des passagers de marque et étaient réservées aux grandes occasions, ce qui ajoutait à leur charme et à leur exclusivité.

La Fiat 500 Spiaggina Boano, présenté dans plusieurs magazines de l’époque, subit des modifications importantes, au-delà de son simple aspect esthétique. Afin d’offrir plus d’espace et d’assurer le confort de ses hôtes de marque, le châssis fut allongé, offrant ainsi plus d’habitabilité, même si la voiture était destinée à des trajets très courts. Le confort restait une priorité absolue, car les passagers effectuaient souvent des voyages minimes, mais avec style.

Deux exemplaires de ce véhicule sur mesure furent construits. L’un d’eux, ayant appartenu au célèbre armateur grec Aristote Onassis, fut détruit par la suite, rendant l’exemplaire survivant encore plus précieux et rare. Carrozzeria Savio acquit par la suite les droits du design Spiaggina de Boano et produisit une édition limitée de ce modèle sous le nom de Fiat 500 Elegance. Si la Fiat 500 Spiaggina de Boano connut une existence brève mais prestigieuse, son influence se perpétua avec la Fiat 500 Elegance. Celle-ci marqua une transition entre la création de Boano et un véhicule légèrement plus accessible, tout en conservant son caractère exclusif. L’héritage de la Fiat 500 Spiaggina, avec son design luxueux et son association avec des propriétaires de renom, demeure un symbole de l’élégance automobile italienne du milieu du XXe siècle.

Fiat 500 Elegance – Savio – 1963

 

Cette très importante Spiaggina est apparue dans le magazine Vogue et a lancé la tendance des voitures de plage qui incarnaient parfaitement la dolce vita. Cette voiture, qui est sans doute l’unique exemplaire survivant, a été donnée en 1973 par Agnelli à son chauffeur, Bernadino Aiassa, qui l’a vendue un an plus tard à Mario Rossi. Récemment découverte par un grand collectionneur turinois, cette Fiat en très bel état d’origine, jamais restaurée, a été exposée en 2018 au Concorso d’Eleganza Villa d’Este. De superbe présentation, cette remarquable rareté ajouterait sans aucun doute une touche de gaité et de glamour même à la plus prestigieuse des collections.

Cette auto (Châssis 031853)a été adjugée 370 625 € en 2024 à Paris.