Dévoilée au Salon de Paris d’octobre 1963, la 250 LM est une version berlinette de la 250 P qui, présentée en mars précédent, peut déjà s’enorgueillir de nombreux succès en course, avant une victoire au Mans en 1964. Conçue sous l’autorité de l’ingénieur en chef Carlo Chiti, c’est la première Ferrari de compétition à moteur V12 en position centrale. La 246 SP avait inauguré en 1961 cette nouvelle architecture, mais avec un moteur V6.
Pour la 250 LM, Scaglietti a signé une forme magistrale, dont l’avant effilé dessine un contraste étonnant avec l’arrière long et musclé qui révèle la présence d’une puissante mécanique. Le petit arceau central apporte de la légèreté au pavillon, et l’un des éléments les plus spectaculaires est le vaste capot qui se lève comme une cathédrale pour dévoiler les entrailles de cette machine radicale.
Avec la 250 LM, Enzo Ferrari souhaite prendre la suite de la 250 GTO et la faire homologuer en GT. Mais si les officiels de la FIA ont fermé les yeux sur les arguments tendancieux du Commendatore ayant permis l’homologation de la 250 GTO (qu’il avait annoncée comme une simple évolution de la 250 GT), cette fois ils ne se laissent pas faire et exigent la production des 100 exemplaires requis. Or Ferrari n’en produira que 32, si bien que la 250 LM restera en catégorie » Prototypes » et devra se mesurer à des voitures plus puissantes, dont la plus emblématique sera la Ford GT40 mentionnée plus haut. Glorieuse protagoniste du duel Ford-Ferrari, la 250 LM a magnifiquement défendu les couleurs du constructeur italien en compensant son déficit de puissance par des qualités de tenue de route et de maniabilité qui faisaient défaut à d’autres voitures plus puissantes. Carlo Chiti avait vu juste en réussissant à convaincre Enzo Ferrari de passer au moteur arrière, alors qu’il y était réticent.
D’ailleurs, la 250 LM aurait dû s’appeler 275 LM (selon la nomenclature Ferrari reprenant la cylindrée unitaire) car après l’exemplaire du Salon de Paris, les suivants ont reçu un moteur 3,3 Litres ; espérant tromper la vigilance de la FIA pour les raisons évoquées plus haut, Enzo Ferrari avait souhaité conserver l’appellation 250.
Compte tenu de sa conception, la 250 LM était destinée à la piste beaucoup plus qu’à la route, et la plupart des exemplaires produits ont connu les affres de la compétition et ses aléas. Ce n’est toutefois pas le cas de la voiture que nous présentons, dont la carrière s’est déroulée entre les mains de particuliers et de collectionneurs qui ne l’ont jamais engagée en course. Elle était certes présente en 1966 aux 24 Heures de Daytona, mais comme simple voiture de réserve. C’est ce qui explique qu’elle soit aujourd’hui magnifiquement préservée d’origine.
Selon la fiche de fabrication de cette 250 LM, son châssis tubulaire a été fourni à la carrosserie Scaglietti, à Modène, le 24 juin 1964. Le 18 septembre, l’assemblage du moteur, effectué par le mécanicien Baschieri, s’est achevé sous le contrôle du contremaître Amos Franchini. C’est ce même Amos Franchini qui a supervisé l’assemblage de la boîte de vitesses, terminé le 23 septembre par Ivo Giusti. La commande officielle de Luigi Chinetti, patron du N.A.R.T. (North American Racing Team) et importateur de la marque basé à New York, date du 6 novembre suivant, suivie le 14 par la facture du constructeur. Le 20 novembre, la voiture était acheminée au port de Livourne et embarquée à bord du cargo Maria Costa, qui a ensuite fait route pour New York. Après son arrivée, la voiture est vendue par Chinetti à son premier propriétaire, Raymond John Augusterfer, résidant à Philadelphie.
Les 5 et 6 février 1966, cette Ferrari 250 LM est utilisée comme voiture de réserve pour les 24 Heures de Daytona par le N.A.R.T., mais aucune avarie n’ayant stoppé les voitures engagées, elle ne prendra pas part à la course et restera dans le paddock.
Cette auto (Châssis & Moteur 5901, numéro interne 138/LM, boîte de vitesses n° 18) a été adjugée 15 771 200 € en juillet 2023 à Paris.

































































