Pininfarina est sans aucun doute le carrossier italien le plus étroitement associé à Ferrari. Mais à l’aube du Cheval Cabré, au début des années 1950, c’est le turinois Vignale qui a trouvé la faveur du Commendatore. Moins de 160 Ferrari ont été carrossées par Vignale, dont les créations se caractérisaient par leur caractère avant-gardiste, leur ceinture de caisse haute et leurs nombreux détails brillants. De par leur exclusivité et leur caractère fondamentalement sur mesure, nombre de ses créations étaient uniques, un véritable régal pour les collectionneurs d’aujourd’hui. Parmi les modèles Ferrari qui ont marqué Vignale, on compte la 225 Sport.

La Ferrari 225 Sport s’appuyait sur les fondations de la 212 Export à laquelle elle succéda. Les améliorations les plus marquantes concernaient le moteur V12 d’Ingegnere Colombo, ironiquement amélioré par Ingegnere Lampredi, et le châssis. Si l’alésage du V12 a été augmenté, portant la cylindrée de 2,6 à 2,7 litres, ce sont les innovations de Lampredi concernant le collecteur d’admission et le système de distribution qui ont véritablement amélioré la maniabilité globale du moteur. Plusieurs 225 Sport (celles dont le numéro de châssis est complété par le suffixe « ET ») ont également bénéficié d’un châssis tubulaire modernisé, réduisant le poids et augmentant la rigidité.

Outre sa rareté et son design avant-gardiste, la 225 Sport possède un autre atout qui attise l’appétit des collectionneurs : un palmarès remarquablement riche et varié en compétition. Parmi les événements célèbres où la 225 Sport a triomphé ou s’est classée, on compte les Mille Miglia, le Tour de France, les 12 Heures de Casablanca, les Neuf Heures de Goodwood et le Grand Prix de Monaco. Oui, le Grand Prix de Monaco… En 1952, le Grand Prix de Monaco était réservé aux voitures de sport plutôt qu’aux monoplaces. Si Vittorio Marzotto a remporté cette célèbre édition de la course, Ferrari a également signé sa toute première victoire dans la prestigieuse principauté.

La Carrozzeria Vignale n’a carrossé que neuf Ferrari 225 Sport, déclinées en quelques versions Berlinetta fermée et Spyder ouverte. Le châssis numéro 0216 ED arbore une carrosserie Spyder unique aux flancs festonnés, ce qui, à notre avis, est bien plus esthétique que les Vignale 225 Sport ouvertes, plus traditionnelles et nombreuses. Il est remarquable de constater à quel point ces flancs coupés transforment le caractère général de la voiture. Elle est si sportive, si agressive et pourtant si délicate. Nous l’adorons.

Ce châssis numéro 0216 ED fut achevé en septembre 1952. La voiture fut commandée neuve par le pilote de Formule 1 de la Scuderia Ferrari, José Froilán González, l’Argentin trapu qui s’était imposé dans l’histoire de Ferrari (et dans le cœur du Commendatore) en remportant le Cheval Cabré lors de son premier Grand Prix de Formule 1, à Silverstone en 1951. En Angleterre, González était affectueusement surnommé « le Taureau des Pampas » pour sa vitesse fulgurante et son style de conduite « bras et coudes », qui défiait sa morphologie généreuse.

En important la 225 Sport dans son pays natal, González devint l’heureux propriétaire de l’une des toutes premières Ferrari d’Argentine. Il ne la conserva cependant pas très longtemps : en décembre 1952, le châssis numéro 0216 ED fut acquis par un certain Angel Maiocchi, un Italien résidant à Buenos Aires. Maiocchi surnomma sa nouvelle Ferrari La Nina Bonita – ou « La Belle Fille » – et commença à la piloter lors de courses nationales à travers l’Argentine. En fait, Maiocchi pilota sa voiture chérie pendant six ans, participant même à trois éditions des 1 000 km de la Ville de Buenos Aires, chacune des manches du Championnat du monde des voitures de sport de la FIA.

En 1959, lorsqu’elle fut acquise par Hugo Ernesto Maestretti, de la société de roulements à billes Vandervell, cette Ferrari était encore en compétition. Après quelques apparitions publiques supplémentaires, notamment lors d’une course de soutien au Grand Prix d’Argentine de 1980, le châssis numéro 0216 ED quitta l’Argentine en 1982, direction les États-Unis. En 1985, la voiture rejoignit l’impressionnante écurie d’Anthony W. Wang. Au fil des ans, Wang a constitué sans conteste l’une des plus belles collections de Ferrari au monde, comprenant, entre autres, deux 250 GTO, une 250 Testa Rossa et une 275 GTS/4 N.A.R.T. Spyder.

Wang était manifestement attaché à cette 225 Sport, puisqu’il l’a conservée pendant 27 ans. À sa grande satisfaction, en 2012, elle a été acquise par un collectionneur argentin pour la première fois depuis plus de quarante ans. Honorant sa provenance argentine, ce collectionneur a commandé une restauration complète, métal nu. Ce projet ambitieux a été mené par RMP de Peter Markowski au Vermont et Richard Grenon Antique Auto Restoration au Québec. Une fois achevé en 2014, le châssis numéro 0216 ED a fait la une de Cavallino, le plus grand magazine international exclusivement consacré à Ferrari.

À l’été 2014, cette Ferrari 225 Sport a participé au concours de beauté automobile le plus prestigieux au monde : le Concours d’Élégance de Pebble Beach, en Californie. Inscrite à la catégorie « Compétition Ferrari »

Cette 225 Sport Spyder unique (Châssis 0216 ED)est l’une des Ferrari de sport/compétition les plus désirables des années 1950, un véritable bijou automobile, petit mais impressionnant, animé par un moteur V12 puissant et habillé par Vignale d’une carrosserie unique que l’on ne peut que qualifier de sublime.