Le dernier modèle de luxe de Delahaye, la 235, fut lancé en 1952, avec une version raffinée du célèbre châssis et moteur 135, désormais porté à 160 ch, et une nouvelle calandre spectaculaire signée Philippe Charbonneaux. Ce fut trop peu, trop tard, et seulement 84 exemplaires de ce châssis furent produits avant que la production de Delahaye ne prenne fin en 1954.
Les 235 les plus belles et les plus audacieuses étaient sans conteste les modèles flamboyants et artistiques créés sur une paire de châssis par la Carrosserie J. Saoutchik. L’une d’entre elles était cette voiture, châssis n° 818039, un coupé fastback moderne et aéré spectaculaire avec une grande lunette arrière incurvée, en trois parties ; des phares intégrés dans le haut des ailes avant, avec des feux antibrouillard montés en dessous ; et un pare-brise monobloc, offrant un effet léger et épuré. Les lignes fluides des ailes et l’élégante « encoche » chromée des ailerons arrière, clin d’œil au style Pininfarina de l’époque, combinées à des vitres sans montants et à une utilisation sobre du chrome, ont donné naissance à un coupé quatre places exceptionnellement bien proportionné et glamour.
Saoutchik a exposé le coupé, peint en gris Velasquez avec un intérieur en cuir bleu, comme pièce maîtresse de son stand au Salon de Paris de 1952, puis une fois de plus au concours organisé au casino d’Enghien-les-Bains le 20 juin 1953, où il a reçu le Grand Prix d’Honneur.
Le premier propriétaire de la voiture est inconnu ; on sait qu’elle a d’abord été immatriculée en 1959 au nom d’un Claude Martin, dans le département de Seine-et-Oise, sous le numéro 5678 CX 78 ; la proximité de cet endroit avec Enghien-les-Bains indique qu’elle a probablement été vendue neuve à cet endroit après le concours. Elle réapparut en 1979, à la vente chez Martin au Château de Bressuire, et à cette époque, elle était peinte en bleu de course français ! En 1984, elle fut acquise par Jean-Claude Aubriet, le pilote de course français connu pour ses nombreuses participations aux 24 Heures du Mans, qui la conserva pendant les trois années suivantes. À cette époque, elle avait reçu le toit ouvrant coulissant, qui aurait été une installation d’époque.
La Delahaye fut amenée aux États-Unis à la fin des années 1980 et fut restaurée par le regretté Mike Fennel dans sa riche teinte aubergine métallique actuelle, avec un intérieur souple beige ; il est important de noter qu’elle est très fidèle à sa forme d’origine, y compris le « balayage » chromé correct sur les flancs de la carrosserie, sans travaux brillants ou fioritures superflus. Seuls les pare-chocs d’origine ont été retirés et remplacés par de délicats « bumperettes » chromés, allégeant et améliorant sans doute le design. Sous cette forme, la voiture a été présentée au Concours d’élégance de Pebble Beach en 1990, où elle a remporté un prix de catégorie. Elle a été conservée depuis dans une collection privée et reste dans un très bon état général. Le bloc moteur porte ses numéros de fonderie d’origine, ce qui indique qu’il s’agit de l’unité d’origine, et la voiture est également censée conserver son numéro de châssis d’origine.
Idéale pour d’autres apparitions dans des concours, cette voiture, l’une des deux seules Saoutchik 235 survivantes et la dernière Delahaye carrossée par cette entreprise d’élite, se situe au sommet de la carrosserie française d’après-guerre.
Cet auto (Châssis 818039) a été adjugée 577 000 $ en 2018 à Monterey, Californie.






































