La marque Delahaye existe depuis la fin du XIX e siècle, elle est originaire de Tours et commencera une véritable production vers 1904, peu après le transfert des ateliers à Paris au 10 de la rue du Banquier dans le 13e arrondissement.

En dépit de son âge, la firme a gardé jusque là une bonne forme mais elle semble s’essouffler en cette moitié du XXe siècle. Sa gamme s’appuie sur deux modèles principaux : la 135, excellente voiture et la 175 qui n’a jamais eu très bonne réputation.

Dans les milieux automobiles de l’époque, on murmure que Delahaye va arrêter la production de ses voitures pour se consacrer seulement à la fabrication beaucoup plus rentable de sa Jeep VLR. Mais il n’en est rien et c’est au contraire grâce au succès de son VLR (véhicule léger de reconnaissance : l’état français a passé une commande de 4 000 véhicules), que Delahaye va retrouver des finances pour s’engager sur l’étude et la construction de la luxueuse 235.

Présentée officiellement à l’occasion du salon de Paris 1951, cette nouvelle voiture de sport et de prestige dérive bien sûr de la 135 mais avec un moteur type 22S un peu plus puissant (6 cylindres pour 3 500 cc, triple carburateur produisant 152 ch et une vitesse de pointe de 180 km/h) accompagné d’une boîte électromagnétique Cotal et une carrosserie plus moderne. Produites jusqu’en 1954, les Delahaye 235 arboreront toutes une calandre ovale typique dessinée par le styliste Philippe Charbonneaux.

Philippe Charbonneaux et sa propre Delahaye Type 235. Notez l’immatriculation à ses initiales…

Malheureusement, le nombre de 235 fabriquées restera très restreint : seulement 83 entre 1951 et 1954, soit une moyenne de deux exemplaires seulement par mois.

Pour le salon de Paris 1951, à partir d’un plan à l’échelle 1 de Philippe Charbonneaux, l’habillage de la 235 est confié au carrossier turinois Motto. Le carrossier français Letourneur & Marchand qui avait été contacté en premier, n’avait pas pu s’engager à façonner un tel prototype dans le délai très court imposé.

Motto parvint à construire la voiture en 3 mois, puis faire valider la voiture aux essais à Montlhéry. Mission accomplie, la marque Delahaye peut valider sa participation au salon et laisser plus de temps à Letourneur & Marchand de faire leur modèle également sur les mêmes plans que Motto. Ainsi les 2 modèles se ressemblent terriblement.

Toutes les Delahaye 235 furent habillées à l’extérieur de l’usine car les installations Rue du Banquier ne permettent pas de produire directement des carrosseries. Après Motto, Letourneur & Marchand, Saoutchik , Faget & Varnet, deux autres carrossiers importants s’y intéressent : Antem et Chapron , sans oublier Figoni & Falasch.

Antem est appelé en renfort pour répondre aux commandes passées au Salon 1951 et soulager Letourneur & Marchand. La carrosserie Antem a la particularité d’être entièrement métallique. Uniquement fabriquées en 2 portes, toutes les Delahaye 235 recevaient des roues à rayon Rudge.

Toutes ces carrosseries réalisées à l’unité ou en très petites séries, coûtaient fort cher : un coach valait 2 780 000 F comparé à une Citroën Traction 15/6 qui en valait 870 000 F…

Comptez 190 000 € pour ce châssis 818045..