La Citroën DS Lorraine est une variante personnalisée de l’emblématique Citroën DS créée par le célèbre carrossier français Henri Chapron.
Il s’agissait essentiellement d’un modèle de break DS, mais avec les touches de style élégantes caractéristiques de Chapron. La Lorraine présentait une ligne de toit surélevée et une partie arrière allongée par rapport à la DS standard, créant plus d’espace de chargement tout en conservant le profil aérodynamique distinctif de la DS.

La Lorraine a été produite en à seulement 19 exemplaires entre 1969 et 1974, et venait replacer la Majesty présentée en 1964. Elle rend hommage au Général de Gaulle, Lorrain d’origine. Chacune était essentiellement fabriquée à la main, ce qui rendait chaque exemplaire légèrement unique. Le savoir-faire impliquait un travail du métal détaillé pour étendre le toit et modifier la partie arrière de la voiture tout en préservant l’intégrité structurelle et le célèbre système de suspension hydropneumatique de la DS.

Le dessin est dû au styliste Paul Colinet qui, ayant collaboré à la réalisation de la limousine DS présidentielle, fut largement inspiré par le dessin de la poupe de cette dernière crée par Henri Dargent et Robert Opron.

Ce qui rendait la Lorraine particulièrement spéciale, c’était la façon dont elle combinait le côté pratique d’un break avec le luxe et la sophistication pour lesquels Chapron était connu. L’intérieur était généralement composé de matériaux de haute qualité et de touches personnalisées qui le distinguaient des modèles DS fabriqués en usine.

Les spécificités techniques de la DS Lorraine de Chapron sont fascinantes. Le design prolongeait la ligne de toit de la DS classique de manière très élégante, créant un break de chasse aux proportions harmonieuses. L’arrière était particulièrement travaillé, avec une lunette arrière spécifique et des montants plus fins que sur les breaks ID/DS standard.

À l’intérieur, Chapron appliquait ses standards de finition luxueux : sellerie en cuir de haute qualité, boiseries sur mesure, et une attention particulière aux détails. Le coffre était particulièrement spacieux grâce à l’extension du toit.

Chaque Lorraine était une création quasi unique, car Chapron adaptait les finitions aux souhaits de ses clients. La base technique restait celle de la DS, avec sa suspension hydropneumatique révolutionnaire, mais la carrosserie était entièrement retravaillée à la main dans les ateliers Chapron de Levallois-Perret.

La Lorraine s’inscrivait dans une lignée de versions spéciales de la DS par Chapron, aux côtés d’autres modèles comme la Croisette (cabriolet), la Le Paris (coupé) ou encore la Majesty (berline longue).

Dans les ateliers Chapron de Levallois-Perret, la transformation d’une DS en Lorraine était un véritable travail d’orfèvre qui prenait plusieurs mois. Le processus commençait par le démontage complet de la carrosserie d’origine. Les artisans travaillaient ensuite à la main, utilisant des techniques traditionnelles de carrosserie :

Le toit était découpé avec une extrême précision, puis rallongé et rehaussé. Chaque panneau de tôle était façonné individuellement, martelé et ajusté pour créer les nouvelles lignes fluides caractéristiques de la Lorraine. Les montants arrière étaient repensés pour être plus fins et élégants que ceux du break standard.

Le savoir-faire de Chapron se manifestait particulièrement dans les détails : les joints entre les panneaux devaient être parfaits, les alignements irréprochables. Les soudures étaient réalisées avec une telle finesse qu’elles devenaient invisibles après la peinture.

La finition intérieure demandait aussi un travail considérable. Les garnissages étaient réalisés sur mesure, avec des cuirs sélectionnés spécialement. Les boiseries étaient façonnées à la main par des ébénistes qualifiés. Même les tapis étaient coupés et bordés spécifiquement pour chaque voiture.

Henri Chapron supervisait personnellement chaque transformation, apportant son œil expert aux moindres détails. Cette attention méticuleuse explique pourquoi si peu d’exemplaires ont été produits, mais aussi pourquoi chaque Lorraine était véritablement unique.

La principale difficulté était de modifier la structure de la DS sans compromettre son système hydropneumatique révolutionnaire. La suspension de la DS était extrêmement sensible à la répartition des masses, et l’allongement du toit nécessitait un recalibrage minutieux du système.

Chapron a dû développer des solutions innovantes :

  1. Le renforcement de la structure : Des renforts spécifiques ont été ajoutés pour compenser l’allongement du toit. Chapron a créé un système de nervures intégrées dans les panneaux latéraux pour maintenir la rigidité de l’ensemble.
  2. L’adaptation du système hydraulique : Le circuit hydraulique a dû être modifié pour s’adapter au nouveau centre de gravité. Les sphères de suspension ont été reréglées pour maintenir le confort légendaire de la DS.
  3. Le travail sur l’aérodynamisme : La nouvelle ligne de toit a nécessité des études pour maintenir la stabilité à haute vitesse. Chapron a développé des déflecteurs discrets pour guider les flux d’air.

Pour la partie électrique, tout le faisceau devait être repensé pour s’adapter aux nouvelles dimensions. Les artisans de Chapron ont créé des guides de câblages sur mesure, intégrés dans la structure.

Le plus impressionnant était peut-être la solution trouvée pour les vitres arrière : Chapron a conçu un mécanisme spécial permettant leur ouverture, tout en préservant l’étanchéité – un véritable tour de force technique pour l’époque.

Chapron avait mis en place un protocole d’essai complet pour chaque véhicule. Chaque Lorraine subissait plusieurs phases de tests :

Premièrement, des essais statiques dans l’atelier :

  • Vérification de l’étanchéité avec des tests à l’eau sous pression
  • Contrôle méticuleux de tous les systèmes hydrauliques
  • Tests électriques complets
  • Vérification de tous les ajustements (portes, vitres, capot)

Ensuite venaient les essais dynamiques :

  • Premier test sur le petit circuit privé de Chapron près des ateliers
  • Essais sur route avec différents types de revêtements
  • Tests à haute vitesse sur l’autoroute de l’Ouest (l’actuelle A13)
  • Épreuves de tenue de route sur les routes sinueuses de la vallée de Chevreuse

Le plus intéressant était peut-être le « test du pavé » : chaque Lorraine devait parcourir plusieurs kilomètres sur les routes pavées de Paris pour vérifier qu’aucun bruit parasite n’apparaissait. Henri Chapron lui-même participait souvent à cette phase d’essai, son oreille exercée détectant le moindre grincement suspect.

Les essais duraient généralement une semaine complète, et si le moindre défaut était détecté, la voiture retournait à l’atelier pour ajustement.

Voici l’histoire d’une Lorraine particulière qui a dû repasser trois fois ces tests avant d’être jugée parfaite par Chapron.

Il s’agissait d’une Lorraine commandée par un industriel parisien en 1964. La voiture, d’un bleu nuit métallisé avec intérieur en cuir havane, semblait parfaite après sa transformation. Mais lors des premiers essais, Chapron a détecté un très léger sifflement d’air à haute vitesse, presque imperceptible.

L’équipe a donc tout démonté pour découvrir qu’un des joints de pare-brise avait un défaut minuscule. Après réparation, lors du deuxième test, c’est un très léger craquement dans la garniture du pavillon qui a été repéré sur les pavés parisiens. Nouveau démontage, nouvelle intervention.

Le troisième essai a révélé une vibration inhabituelle dans le hayon arrière à certaines vitesses. Chapron a alors fait refaire entièrement le mécanisme de verrouillage, jugeant que les tolérances n’étaient pas assez précises.

Ce n’est qu’après le quatrième essai, quand la voiture est restée totalement silencieuse sur les pavés et stable à haute vitesse, que Chapron a enfin donné son accord pour la livraison. L’industriel a dû attendre trois semaines supplémentaires, mais il a reçu une voiture absolument parfaite.

Cette anecdote est devenue légendaire dans l’atelier, illustrant pourquoi une Lorraine Chapron coûtait presque deux fois le prix d’une DS normale.

La DS Lorraine a été fabriquée à seulement 19 exemplaires entre 1969 et 1974. Elle venait replacer la Majesty présentée en 1964.

L’exemplaire présenté ci-desous  (Châssis FB-00FB7221, N° Chapron 7628) est réputée avoir été commandée par Monsieur Alain Poher, président du Sénat de 1968 à 1992, qui en eut l’usage jusqu’à son décès. Elle a été vendue 68 405 € en novembre 2010 à Paris.

 

La voiture ci-dessous (Châssis n° 0281 – N° Chapron 7619) est la toute première berline Lorraine fabriquée par les ateliers Henri Chapron.

 

La voiture ci-dessous (Châssis 10FD538 / N° Chapron 7655) est l’avant-dernier exemplaire de la berline « Lorraine » qui sortira des ateliers de la rue Aristide Briand à Levallois en 1974. Celle-ci fut commandée neuve par la Banque d’Espagne avec un blindage spécial pour toutes les vitres. La base est une DS 23 à carburateur, donc avec moteur de 115 cv et boîte de vitesses mécanique. D’après les archives, elle était utilisée par le directeur de la banque Santander en Espagne, qui en avait commandé deux pour transporter ses cadres.