L’Arnolt-Bristol Bolide de 1954 est l’un des mélanges les plus fascinants de l’histoire automobile : une âme mécanique britannique, une robe haute couture italienne et une ambition commerciale purement américaine.

Tout commence avec Stanley Harold Arnolt, dit « Wacky » (le dingue), un industriel de Chicago ayant fait fortune durant la guerre. Passionné d’automobiles, il importe des voitures britanniques (MG, Morris, Bristol) aux États-Unis.

En 1952, au Salon de Turin, il est ébloui par le travail du carrossier Bertone. Sur un coup de tête, il commande 200 carrosseries pour des châssis MG. Après le succès de l’Arnolt-MG, il veut monter en gamme et se tourne vers Bristol Cars pour utiliser le châssis de la 404.

Arnolt confie le dessin à un génie alors chez Bertone : Franco Scaglione (futur auteur de l’Alfa Romeo 33 Stradale).

Le défi est de taille : le moteur Bristol est haut, très haut. Pour garder une ligne de caisse basse et aérodynamique, Scaglione imagine ces ailes avant proéminentes, véritables crêtes métalliques qui permettent de loger la mécanique tout en offrant un look agressif. Le résultat ? Une silhouette si fluide qu’elle semble en mouvement même à l’arrêt. La carrosserie est majoritairement en acier, avec le capot et la malle en aluminium pour gagner du poids.

La gamme Arnolt-Bristol se déclinait alors en trois versions :

  • La « Bolide » (ou Competition) : La plus radicale. Pas de pare-chocs, un simple saute-vent en guise de pare-brise, et un intérieur dépouillé pour la chasse au chrono.
  • La Deluxe : La version « Grand Tourisme » avec un vrai pare-brise, des poignées de porte (enfin !) et un intérieur cuir plus raffiné.
  • Le Coupé : Une rareté absolue produite à seulement 6 exemplaires, dotée de phares escamotables avant-gardistes.

Sous le capot, le six cylindres en ligne Bristol de 1 971 cm³, évolué du BMW 328 pré-guerre, délivrait 140 ch à 5 500 tr/min grâce à trois carburateurs Solex et une distribution double arbre à cames en tête. Associé à une boîte manuelle à 4 rapports, il propulsait les 825 kg de la voiture à 225 km/h en pointe et permettait un 0-100 km/h en moins de 8 secondes, des chiffres impressionnants pour l’époque.

La consécration arrive en 1955 aux 12 Heures de Sebring. L’équipe Arnolt humilie la concurrence en réalisant un triplé historique (1ère, 2ème et 4ème places de sa catégorie). La petite anglo-italienne venait d’entrer dans la légende du sport automobile américain.

Sur les 142 exemplaires produits, 12 ont tragiquement péri dans un incendie à l’usine de Chicago en 1957. Le destin de la marque s’assombrit la même année suite au décès accidentel du pilote Bob Goldich à Sebring. Dévasté, « Wacky » Arnolt mettra un terme à l’aventure peu après.

Cette rare auto (Châssis 404 X 3051 / Moteur BS1 MKII 251) a été adjugée 298 750 € en octobre 2025 à Knokke-Heist, Belgique.