La C-V8 apparaît au début des années 1960 comme la grande GT V8 de Jensen, conçue autour d’un châssis central tubulaire et d’un V8 Chrysler américain. Le modèle de base était déjà atypique dans la production britannique : quatre places, carrosserie en fibre de verre, moteur avant et performances très élevées pour l’époque.

Jensen n’a produit que 500 C-V8 fermées, ce qui rend l’existence d’un unique cabriolet d’usine encore plus particulière.

Le Drophead Coupé est construit en 1965 à partir d’un châssis expérimental MK.II allongé d’environ 23 cm. L’objectif n’était pas clairement celui d’un futur modèle de série : tout indique plutôt une voiture d’étude et de mise au point, destinée à tester la faisabilité d’une version ouverte de la C-V8.

Cette voiture reste donc un one-off, sans descendance industrielle directe. C’est justement ce qui fait sa valeur historique : elle montre une piste explorée puis abandonnée par Jensen.

La voiture est livrée neuve à Lord Carrington, alors ministre des Affaires étrangères britannique, qui en devient le premier propriétaire. Durant cette période, Jensen suit de près la voiture et en profite pour l’éprouver en conditions réelles, ce qui conduit à plusieurs améliorations. Parmi elles figurent un freinage renforcé issu de la C-V8 Mk.III, une reprise de la peinture d’origine jugée médiocre, et l’adoption d’un tableau de bord en bois de ronce à la place de la finition initiale en cuir gris.

En février 1967, Carrington échange la voiture contre une Interceptor neuve chez le concessionnaire Charles Follett. Le cabriolet passe ensuite entre les mains de Philip Southall, qui l’utilise régulièrement jusqu’en 1973, puis plus occasionnellement jusqu’en 1987 avant de le transmettre à son gendre Martin Bryant.

Son intérêt ne tient pas seulement à sa rareté, mais à ce qu’elle révèle de Jensen au milieu des années 1960 : une petite marque capable d’expérimenter, d’allonger un châssis, d’adapter une structure à une carrosserie ouverte, mais qui n’a jamais transformé cet essai en modèle de production. La logique commerciale est assez claire : la C-V8 fermée existait déjà, et Jensen a sans doute jugé qu’un cabriolet de ce type n’avait pas de marché suffisant ou posait trop de contraintes de rigidité et de finition.

Estimation inconnue, mais sans doute très élevée…