Il s’agit d’une Ferrari très spéciale, car ce sont des voitures carrossées sur mesure pour une clientèle très sélective et fortunée, et des membres de la royauté, insatisfaits des Ferrari standard de l’époque. Ferrari a d’abord produit la 340 America, puis une série spéciale de seulement six 342 America, identiques mécaniquement à la 340 America, à l’exception des équipements de luxe. Seuls trois cabriolets et trois coupés 342 America ont été produits, chacun étant unique. Ces six voitures sont d’une importance capitale et véritablement emblématiques dans le monde des Ferrari de collection.

En 1951, Ferrari produisait son imposant V12 de 4,5 litres à une échelle bien plus importante, car il allait être utilisé tout au long du Championnat du Monde. Cependant, l’entreprise a rencontré un problème après 1951.
Le Championnat du Monde connaissait des difficultés. Le manque de concurrence, dû à des coûts extrêmement élevés, menaçait de mettre fin à cette jeune série. Ainsi, la décision fut prise d’organiser le Championnat du Monde selon la réglementation de la Formule 2 pour 1952 et 1953. Ferrari se retrouva alors avec un grand nombre de V12 bientôt interdits, sans savoir où les utiliser. Ces voitures étaient particulières car elles étaient équipées du
gros moteur Lampretti V12 de 300 ch et portaient les numéros de série pairs des voitures de course ! Il s’agissait donc de véritables châssis et moteurs de voitures de course, dotés d’équipements de luxe pour la route.

Ferrari saisit l’opportunité. Les moteurs pouvaient être légèrement adoucis et installés dans des carrosseries élégantes destinées à la vente au grand public. À l’époque, l’Amérique, grâce à Hollywood et aux investissements du pays dans les nouvelles technologies, était l’une des nations les plus prospères du monde. Enzo Ferrari comprit la nécessité de pénétrer ce marché pour assurer la position dominante de son entreprise. Il allait finalement concrétiser l’idée d’une voiture de sport plus grande et plus luxueuse, parfaitement adaptée à la richesse et aux goûts de son public cible, donnant naissance à la future « America ».

La Ferrari 340 America fut la première. Ferrari reconnut les avantages offerts par le nouveau moteur et ne laissa pas passer l’occasion de l’utiliser pour entrer dans la catégorie des voitures de sport. Il fit donc concevoir une voiture de sport autour de ce moteur afin de participer à des courses telles que les Mille Miglia et les 24 Heures du Mans. Sachant pertinemment que le succès sur circuit se traduirait par un succès commercial, les nouvelles voitures de sport seraient baptisées America et seraient spécifiquement destinées aux courses les plus exigeantes. Les performances de la 340 America attireraient l’attention et la plus exclusive, la plus personnalisée et la plus luxueuse des Ferrari de sport verrait le jour. La 340 America, ainsi que ses dérivés, les 340 Mexico et Mille Miglia, étaient des voitures de sport d’exception conçues pour la compétition, mais pouvant également être commandées avec des intérieurs et des équipements bien plus luxueux. Si les performances de la voiture et de son moteur étaient assurément d’un niveau exceptionnel, la voiture elle-même était jugée insuffisante. C’est pourquoi la 342 America, destinée à la route, fut créée. Elle allait redéfinir les standards du luxe pour les voitures de sport, et donner le ton à la gamme America dans son ensemble.

Cette voiture devait remplir une double fonction : être avant tout une voiture de sport, mais aussi une grande routière, parfaitement adaptée au style de vie confortable et luxueux de la riche clientèle américaine. Fait intéressant, une fois la conception achevée et la production de cette voiture extrêmement exclusive lancée, le roi Léopold de Belgique et Enzo Ferrari lui-même en firent l’acquisition des deux premiers exemplaires. Au final, seuls quatre exemplaires furent produits sur une période de deux ans. Voilà à quel point la 342 America était exclusive.

Vignale produisit ensuite une version cabriolet de la 342 America. Pinin Farina fabriqua alors deux cabriolets et seulement trois coupés avant l’arrêt de la production et l’arrivée de la 375 America.

Comme indiqué, les deux premiers modèles de la 342 America furent commandés par le roi Léopold de Belgique et Enzo Ferrari. L’un des coupés suivants fut présenté au Salon de l’automobile de Genève de 1953. Ce véhicule portait le numéro de châssis 0246 AL. Bien qu’il n’ait pas été conçu pour la compétition, il reçut un numéro de châssis pair, une pratique réservée aux voitures de course. Tel fut l’héritage de la 342 America.

Dans la nomenclature Ferrari des années 1950, « AL » (America Lungo) désigne les modèles America à empattement long, comme la 342 America avec son châssis étiré à 2 640 mm pour plus de confort routier. Cela distingue ces versions grand tourisme des modèles à empattement court utilisés en compétition.

Faisant partie des cinq seules Pinin Farina 342 America Speciale, presque chaque aspect de cette voiture est exclusif et rare. Malgré sa vocation évidente de grand tourisme, son héritage sportif, de sa calandre à nid d’abeilles semblable à celle de la Ferrari 375 de Formule 1 à l’élégance de son capot rappelant la 340 Mille Miglia, Mexico et America, est plus qu’évident. Dotée de son V12 Lampredi de 4,1 litres, cette voiture offre bien plus qu’un simple véhicule à son propriétaire. Elle incarne ce lien subtil et rarissime entre puissance et luxe, entre performances inspirées de la course et raffinement absolu.

Cette Ferrari 342 America Pininfarina a été désignée « Speciale » par Ferrari, son premier propriétaire ayant prévu de participer à des rallyes. Elle a donc été équipée du moteur compétition de la 340 America, développant 40 chevaux supplémentaires. Un réservoir de 92 litres et un chronomètre de rallye ont également été installés. Le propriétaire a d’ailleurs participé à deux rallyes en Italie. Autre particularité : deux petits sièges rabattables à l’arrière, permettant à l’épouse du propriétaire d’emmener confortablement ses deux petits chiens maltais.

Cette 342 America a été restaurée selon les normes les plus exigeantes des concours d’élégance par les meilleurs ateliers de restauration des États-Unis et a été invitée à participer à des événements prestigieux tels que le Concours d’Élégance de Pebble Beach et le Salon Privé du Palais de Blenheim au Royaume-Uni.

Cette rare auto (Châssis 0246 AL) a été adjugée 632 000 $ en 2012 à Phoenix, Arizona.